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Recherches en cours Cinq problématiques retiennent actuellement l'attention des chercheurs du Centre d'études sur les médias. Vous trouverez ici une brève description des projets de recherche en cours. 1. Le financement de la télévision 2. Les publics de l'information 3. L'évolution de l'information locale et régionale 4. La radio parlée et le processus électoral 5.Les rapports des communautés culturelles avec les médias
1. Le financement de la télévision La production d’émissions canadiennes de télévision est supportée par un système complexe d’aide publique. Les gouvernements fédéral et provinciaux ont mis en place des programmes de subventions et des crédits d’impôt destinés aux producteurs indépendants, qui s’ajoutent aux crédits parlementaires qui sont versés aux diffuseurs publics. Plusieurs entreprises privées ont également créé des fonds d’aide à la production, soit pour satisfaire à des exigences particulières du CRTC soit pour manifester qu’elles sont soucieuses de venir en aide à la production canadienne. En dépit de l’importance de ces apports (plus de 50 % des coûts de production), on ne connaît pas les sommes exactes que touchent les diverses productions et on ne sait pas à quel point les émissions ainsi soutenues contribuent à l’atteinte des objectifs culturels visés par ces politiques d’aide. Les recherches qui ont été menées jusqu’ici sur le sujet n’apportent que des éclairages fort limités en raison de la nature différente des données rendues accessibles par les diverses sources d’aide. De plus, à notre connaissance, aucune recherche n’a évalué l’efficacité de ces mesures dans l’atteinte des objectifs culturels qu’elles poursuivent.Notre recherche poursuit quatre objectifs :
Les diverses étapes du projet seraient les suivantes :
Le rapport de recherche devrait permettre :
Jean-Pierre Le Goff, professeur d’économie à HEC Montréal, Johanne Brunet, professeure de marketing à HEC Montréal, et Charles Davis qui est titulaire de la Chaire Rogers en Media Management and Entrepreneurship à l’Université Ryerson collaborent avec nous pour cette recherche. Ce projet est financé par le Consortium canadien de recherche sur les médias. 2. Les publics de l’information C’est sans doute un lieu commun de le dire mais c’est la toile de fond de cette recherche : nous vivons une période de surabondance de supports et de produits d’information. Au nombre des changements récents à cet égard, rappelons :
Dans ce monde saturé d’informations, le temps consacré à s’informer n’augmente pas, à tout le moins selon les données américaines1. Il est donc vraisemblable de croire que, dans l’ensemble, le recours aux nouveaux médias diminue l’utilisation des anciens2. Dans quelle mesure? À quel rythme? Quels médias en sortent perdants et lesquels en sortent gagnants? Quels groupes du public sont particulièrement en mouvance? Quels sont les facteurs qui influencent le plus les changements dans les pratiques3? Les facteurs les plus déterminants sont-ils du côté de l’offre ou d’une évolution dans les préférences des gens? Le marché des médias, aussi important des points de vue culturel que commercial, est régulièrement mesuré et il existe une quantité de statistiques produites soit par les firmes de sondages, les médias eux-mêmes ou des sources diverses comme les gouvernements ou les universités. Certaines études permettent de saisir la consommation globale de médias comme composante de la vie culturelle, par exemple les recensements ou les enquêtes gouvernementales sur la culture. D’autres, au contraire, dressent un portrait extrêmement pointu de la consommation par produit et par média, qu’on pense à BBM ou Nielsen pour la radio et la télévision, NadBank pour les quotidiens ou comScore Media Metrix Canada pour Internet. À notre connaissance, aucune ne répond spécifiquement à la question de la consommation multisources d’informations qui caractérise de plus en plus la dynamique actuelle du public ni ne permet de l’étudier dans le temps. Il est donc difficile de connaître la diversité des comportements en rapport avec un objectif précis, ici, s’informer des actualités et des affaires publiques auprès des différentes sources médiatiques disponibles. De surcroît, les effets de cette multiplication de l’offre dépassent sans doute les seuls transferts de modes anciens d’information vers de nouveaux. C’est du moins ce que mettent en lumière de récentes études conduites aux États-Unis. Certes, le public d’ici a, quand il s’agit de s’informer, des pratiques différentes de celles du public américain. Mais aucune étude ne permet de savoir si une évolution de même nature est en voie de se produire ici ou si des avenues différentes se dessinent. Voyons quelques-uns des éléments mis en lumière par des chercheurs américains pour lesquels la recherche canadienne et québécoise demeure sans réponse4. Premièrement, il est possible que la plus grande offre d’information sur divers supports ait entraîné un plus grand intérêt pour des contenus de ce genre chez certains groupes. Le fait, par exemple, que l’information télévisée soit accessible toute la journée plutôt qu’à des moments précis de la journée offre plus de souplesse à la personne que l’information intéresse. Il en va de même pour les nouveaux médias qui rendent l’information disponible en tout temps, et, de surcroît, selon un mode interactif qui plaît à bon nombre. Toutefois, cet accroissement de l’offre d’information s’est accompagné d’une croissance encore plus grande de contenus et d’activités de divertissement, à la télévision, sur Internet, et par d’autres voies (jeux vidéo, notamment). Une autre partie du public a, peut-être, en conséquence, diminué sa consommation d’information au profit d’autres types de contenus ou d’activités. Ainsi, aux États-Unis, les 18-29 ans sont plus nombreux que leurs aînés à utiliser régulièrement (« hier ») une partie de leur temps libre à naviguer sur Internet autrement que pour des nouvelles, à regarder des films à la maison, à jouer à des jeux vidéo. Dans le même ordre d’idées, il y a sans doute moins de gens qui maintiennent ou adoptent certains rituels très répandus auparavant comme de consacrer quelques minutes, le matin, à lire le journal, ou de regarder le téléjournal du début de soirée en famille. Plusieurs ont maintenant des pratiques plus aléatoires : parcourir un journal s’il traîne près d’eux, écouter au moins le début du téléjournal — et peut-être un peu plus si les manchettes suscitent leur intérêt — mais uniquement si le bulletin de nouvelles suit immédiatement l’émission qu’on regardait, prendre connaissance d’une information si on arrive par hasard sur une telle page en furetant sur le Net, etc. « Today, unlike most older Americans, many young people find a bit of news here and there and do not make it a routine part of their day 5 ». Ou à propos plus spécifiquement des Canadiens de 18 à 24 ans : « Le mode de vie actif de ce groupe d’âge, tant sur le plus professionnel que sur le plan du loisir, n’est pas toujours favorable à l’instauration d’habitudes fixes telles que l’écoute assidue d’un programme d’information ou la lecture quotidienne du journal .» Cette façon de faire est aussi très présente chez ceux qui s’informent via le Net et qui sont aujourd’hui, aux États-Unis du moins, tout aussi nombreux chez les 50-64 que chez les 18-24 : « About three-quarters of internet users (76%) say they “bump into” the news when online; the percentage of online users saying they get news in this fashion has increased steadily since 2000 (from 55%)6. Cela fait dire à l’auteur de l’une des études : «Even the on-demand feature of Internet news can work against the formation of an online news habit because it breaks the link between ritual and habit8 ». En second lieu, malgré la prolifération de moyens, il semble que l’intérêt pour l’information soit moindre chez les jeunes Américains d’aujourd’hui que chez leurs parents. Quelque 27 % des 18-30 ans n’ont puisé aucune information dans un média (quotidien, radio, télévision ou Internet) « hier », comparativement à 19 % dans l’ensemble de la population9. Les 18-30 ans qui s’informent sont, par ailleurs, plus nombreux que leurs aînés :
Il n’y a pas si longtemps, on croyait que le désir de s’informer augmentait au fur et à mesure que les personnes avançaient en âge. On doute de plus en plus d’une telle évolution au fil des différents cycles de la vie. Les habitudes prises au début de la vie adulte en matière d’information perdureraient bien au-delà. La démonstration est particulièrement éloquente pour le lectorat régulier des journaux aux États-Unis (cumul du lectorat papier et en-ligne). Les personnes qui sont aujourd’hui dans la trentaine ne sont guère plus nombreuses (+ 2 %) à fréquenter de façon régulière les journaux que lorsqu’elles étaient dans la vingtaine. La proportion est de 37 % maintenant comparativement à 35 % il y a dix ans. Même si les journaux ont perdu des lecteurs chez les gens de plus de 40 ans au cours de la dernière décennie, ils demeurent nettement plus nombreux à maintenir la lecture d’un journal dans leur pratique. Inversement, ils sont moins nombreux chez les moins de 30 ans11. Un dernier phénomène mérite d’être mentionné : la consommation d’un média se fait de plus en plus concurremment avec une autre activités, en mode multi-tâches. On « écoute » la télévision en même temps qu’on navigue sur le Net ou qu’on feuillette le journal. Et inversement. Ainsi, plus de 70 % des Américains qui lisent le journal affirment le faire, de façon régulière, en écoutant la radio ou la télévision, en étant en ligne ou en pratiquant d’autres activités12. Les jeunes sont les grands adeptes du multi-tâches. À quoi porte-t-on attention dans de telles circonstances? Que retient-on? Un petit test de connaissance a montré que les gens se souviennent plus facilement des nouvelles portant sur des sujets légers (soft news) que de celles qui concernent des sujets lourds (hard news). De plus, moins de la moitié de ceux se disant informés d’un fait lourd donné était en mesure d’identifier correctement l’élément factuel exact se rapportant à cette nouvelle parmi une courte liste de deux éléments13. De manière plus globale, on assiste manifestement chez nos voisins immédiats, à une baisse de l’intérêt pour l’information au sein d’une tranche assez large de la population. L’économiste des médias Robert Picard identifie des causes très variées à ce désintérêt: « The disaffection with news content has not occurred within a vacuum but is part of broader trends in society. A multitude of factors are related to the phenomenon. Changes created by mobility, urbanization and suburbanization, employment and work structures, roles of women in society, family structures and interactions, family size, leisure time availability and use patterns, media consumption, and increasing reliance on technological means of communication have all played roles in changing lifestyles and affected news and information needs and preferences. These social and lifestyle changes have changed the ways people construct their identities and the forms in which they connect to communities and society14.» Le Centre a conduit une première enquête à la fin de l’année 2006 et au début 2007 après de Québécois francophones avec l’objectif de mieux connaître leurs pratiques en matière d’information. Les principaux résultats de cette enquête se retrouvent à la rubrique Résultats de recherche. Nous allons conduire en 2008-2009 des analyses plus qualitatives en rencontrant un certain nombre de personnes qui ont participé à l’enquête pour des entrevues en profondeur. Nous comptons égalemen,t à la fin de l’année 2008, rééditer l’enquête menée en 2006-2007 afin de voir de quelle manière les habitudes des Québécois auront évolué pendant la période de deux ans qui se sera écoulée.
1 : Selon le Pew Research Center For The People & The Press, en 2006, le citoyen américain consacrait 67 minutes en moyenne par jour pour s’informer, comparativement à 66 minutes dix ans plus tôt, soit avant qu’Internet ne s’impose. Pew Research Center For The People & The Press, Maturing Internet News Audience — Broader Than Deep, Pew Research Center Biennial News Consumption Survey, juillet 2006, p. 10. 3. L’évolution de l’information locale et régionale Nous nous intéressons depuis quelques années à ce que font les médias en matière d’information locale et régionale. Une première analyse, publiée en 2007, a analysé ce qu’on retrouvait dans les hebdomadaires régionaux d’information et a mesuré de quelle manière ces contenus avaient évolué en l’espace de 10 ans. Nous publierons à l’automne 2008 une étude similaire pour trois quotidiens régionaux appartenant au groupe Gesca : Le Quotidien de Saguenay, Le Soleil de Québec et La Tribune de Sherbrooke. L’analyse porte sur une période 15 ans, soit de 1992 à 2007. Nous pourrons décrire comment ces titres ont évolué, y compris depuis que deux d’entre eux sont passés du grand format au format compact au début de 2006. Une autre analyse se penche sur les bulletins de nouvelles de début de soirée présentés en Estrie, au Saguenay et dans la région de Québec par la SRC, TQS et TVA. Les téléjournaux analysés ont été diffusés entre juin 2006 et mai 2007. Nous ne pourrons comparer ces résultats avec les pratiques antérieures (exercice impossible à réaliser faute d’archives). Nous pourrons cependant comparer les réseaux entre eux. 4. La radio parlée et le processus électoral Le Centre d’études analyse la couverture de la dernière élection municipale par les deux stations privées de format parlé à Québec (CHOI-FM et FM 93). Les équipes qui animent les émissions du matin, du midi et du retour à la maison à ces antennes, ne sont pas avares de leurs commentaires et opinions. L’analyse de ces manières de faire qui s’éloignent de la conception classique du journalisme permettra d’amorcer une réflexion sur le rôle que jouent les radios de ce type lors de moments cruciaux pour la démocratie. Nous analysons, pour les trois semaines officielles de la campagne électorale à la mairie de Québec qui s’est déroulée du 10 novembre au 2 décembre 2007, l’ensemble des interventions qui ont été faites à ces deux antennes pendant les émissions du matin, du midi et du retour à la maison. Nous cherchons à voir si ces interventions ont été marquées d’un certain équilibre entre les candidats, ou si l’un d’eux a été favorisé. 5. Les rapports des communautés culturelles avec les médias On a beaucoup parlé de la couverture que font nos médias des groupes ethniques au cours des derniers mois. Le dossier des "accomodements raisonnables" en a été l'occasion. Ainsi, le Centre d’études a rendu publics les résultats d'une recherche sur la perception du public du rôle des médias dans ce dossier lors d'une rencontre organisée avec l'École des médias de l'UQÀM. Quelques colloques ont aussi été consacrés à la question. Les commentaires entendus ont souvent été sévères à l'endroit des médias. Amplifications et généralisation d'incidents isolés, sensationnalisme, recours aux stéréotypes, etc. Le problème n'est pas nouveau. En revanche, un autre aspect de la question est rarement abordé. Les médias constituent sans conteste un outil d'intégration et peuvent créer un sentiment d'appartenance à une communauté. Les médias jouent-ils ce rôle important dans le cas des groupes ethniques de Montréal? Les membres des minorités s'intéressent-ils aux médias d'ici? Il est possible que leur sous-représentation à l’écran et dans les pages des journaux, ainsi que le caractère parfois négatif de l'image qu'on donne de leur communauté les incitent à se détourner des médias francophones. On a dit qu'ils se tournaient vers les médias anglophones. The Gazette et CFCF semblent avoir été davantage accueillants à leur endroit. Depuis peu, la technique permet facilement aux néo-québécois de garder des liens étroits avec les médias et la vie de leur pays d'origine. Les antennes paraboliques sont visibles dans quelques quartiers de Montréal. Internet donne accès aux médias du monde entier. La bataille qu'ont menée les Italiens de Montréal pour s'assurer de la présence de la RAI sur le câble et le satellite montre l'importance de ce rattachement au pays d'origine. Peut-on vraiment croire que les Italo-canadiens ont suivi la dernière campagne électorale italienne dans les pages de La Presse ou à l'antenne de Radio-Canada ? A Vancouver il y a trois quotidiens, des télés et des radios chinois dont la popularité serait telle que le New York Times a fait il y a quelques années un dossier de "une" de cette question et des conséquences pour le sentiment d'appartenance des sino-canadiens au Canada. Certains, plutôt que de voir le maintien des liens avec le pays d'origine comme une menace, y décèlent au contraire le creuset de nouvelles appartenances transnationales et un laboratoire idéal d'études des nouvelles identités hybrides qui vont de pair avec les migrations qui caractérisent nos sociétés mondialisées. Dans le premier chapitre d'un livre de 2007 (Médias, migrations et cultures transnationales, de boeck, Bruxelles), Tristan Mattelart résume les travaux des vingt dernières années de chercheurs anglo-saxons, surtout britanniques, à ce sujet. « L'analyse se déplace, écrit-il, d'une conception de la culture comme enracinée dans un territoire national donné vers une autre, appréhendant la culture comme le fruit de rencontres transnationales » (p.16) . Cela dit, il apporte un bémol au discours enthousiaste que ces nouvelles cultures hybrides engendrent et évoque l'un des pionniers de la recherche sur ces questions qui souligne aussi la menace de l'émergence d'un « nationalisme à distance », « porteur de menaces pour l’avenir » (p. 55) qui pourrait accompagner cette transnationalisation des médias. Ce phénomène n'a pas, à notre connaissance, fait ici l'objet d'études élaborées15. Nous proposons donc de nous intéresser à la consommation médiatique en général (d’ici et d’ailleurs) des membres de certaines communautés ethniques de Montréal. Une première enquête, qui serait suivie d'analyses plus poussées, nous permettrait de dresser un portrait général de la situation. Elle pourrait porter sur cinq ou six communautés choisies selon divers critères tels leur poids démographique, des anciens arrivants et de plus récents, provenant de régions diverses, de cultures et traditions différentes. Nous pourrions par exemple retenir les Italiens, Maghrébins, Chinois, Haïtiens, Sud-américains, Indiens ou Vietnamiens. 15 : Des travaux sur les communautés culturelles de Montréal et la télévision francophone ont été menés pour le Centre d’études en 1996 ( Proulx et Bélanger) et en 1997 (Berneman), mais ces études ne s’intéressaient qu’aux médias québécois. |
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