Presse quotidienne

Au Québec

Les recettes publicitaires des quotidiens du Québec ont atteint 255 millions en 20171. Elles totalisaient 540 millions en 2012. Cette source de revenus s’est donc dégradée de 53 % en cinq ans. Or, pendant cette période, le produit intérieur brut (PIB) s’est accru de 8 % et l’Indice des prix à la consommation (IPC) de 5 %. 

En ce qui concerne les revenus provenant de la diffusion (abonnements, ventes au numéro ou à l’article) nous les estimons à 114 millions de dollars en 2017, ce qui marque une baisse de 30 % par rapport à 2012.

Depuis 2003, le PIB a augmenté de 25 % et l’indice des prix à la consommation (IPC) de 27 %2, pendant que les revenus combinés tirés des annonceurs et de l’auditoire ont fondu de 44 %. Les quotidiens du Québec comme ceux ailleurs au Canada sont durement touchés par les changements dans les pratiques des publicitaires et des lecteurs survenus dans la foulée de la prolifération des ordinateurs, des tablettes et des téléphones intelligents.

TABLEAU 1 : Revenus des quotidiens au Québec

Source : Compilation réalisée par le CEM à partir de données de Statistique Canada et de Médias d’Info Canada.

Le groupe Québecor publie des résultats plus récents. Pendant les neuf premiers mois de 2018 et par rapport à la même période en 2017, ses trois quotidiens ont connu des baisses de 10,5 % pour la publicité papier, de 2 % du côté de la diffusion des imprimés et de 6,2 % en ce qui a trait au numérique3. Les quotidiens n’obtiennent plus que 11 % des dépenses des annonceurs. Les plateformes numériques non médiatiques et la télévision les devancent largement en recueillant, respectivement, 43 %4 et 26 % des sommes investies en publicité au Québec. Les stations de radio arrivent tout juste derrière les quotidiens à cet égard. Leur part atteint 12 %. Celle-ci est toutefois plutôt stable, alors que celle des quotidiens faiblit.

En ce qui a trait à la marge bénéficiaire, la donnée concerne différents types de journaux, soit les quotidiens et ce que Statistique Canada appelle « les journaux communautaires généraux et spécialisés »5. Cette marge est négative à -0,1 %6 en 2016, alors qu’elle s’élevait à 3,5 % en 2014, à 14,4 % en 2010 et à 17,5 % en 2000. Les recettes de ces publications se répartissent ainsi : 70 % proviennent des annonceurs, 20 % des lecteurs et 10 % d’autres sources. 

TABLEAU 2 : Évolution de la marge bénéficiaire d’exploitation des journaux (quotidiens et hebdomadaires) au Québec de 1999 à 2016 

Source : Statistique Canada (Enquête annuelle sur les industries de services : Éditeurs de journaux). Depuis 2010, Statistique Canada ne mène cette enquête que les années paires.

Au Canada

TABLEAU 3 : Revenus des quotidiens au Canada

Sources : Publicité : ThinkTV, Net Advertising Volume, édition décembre 2018, qui publie les données colligées par Médias d’Info Canada ; diffusion : Statistique Canada (Enquête annuelle sur les industries de services : Éditeurs de journaux) pour 2016 et les années précédentes, Médias d’Info Canada pour 2017. Depuis 2010, Statistique Canada ne mène cette enquête que les années paires.

Les annonceurs dépensent de moins en moins d’argent dans les quotidiens. La décroissance atteint 56 % au cours des cinq dernières années et 60 % pour la période s’étendant de 2003 à 2017. Si les publications numériques ont quelque peu gagné en popularité auprès des publicitaires (+ 4 % depuis 2012), cela est nettement insuffisant pour contrebalancer les pertes du côté des éditions papier (- 63 % depuis 2012). La contribution des lecteurs s’amenuise elle aussi. Elle a baissé de 25 % depuis 2012.

Selon Médias d’Info Canada les trois quarts des recettes publicitaires sont attribuables aux éditions papier ce qui laisse 25 % pour le numérique. Ce sont les annonceurs locaux qui achètent le plus d’espace dans les imprimés. En incluant les petites annonces, la publicité de nature locale explique les deux tiers de ces revenus7.

Pour ce qui est des revenus découlant des ventes auprès de lecteurs, les éditions numériques ne constituent que 4 % de ce type de recettes.

Du côté des dépenses, Statistique Canada ne les répartit entre le papier et le numérique que pour l’ensemble des journaux. À cette échelle, le numérique est responsable de 10 % des déboursés.

Au regard du rendement, notons que les marges bénéficiaires sont plus élevées au Canada qu’à l’échelle québécoise. Ainsi, les journaux canadiens sont toujours rentables en 2016, bien que cette profitabilité ait beaucoup faibli.

TABLEAU 4 : Évolution de la marge bénéficiaire d’exploitation des journaux (quotidiens et hebdomadaires) au Canada de 1999 à 2016

Source : Statistique Canada (Enquête annuelle sur les industries de services : Éditeurs de journaux). Depuis 2010, Statistique Canada ne mène cette enquête que les années paires.

La situation n’est guère plus reluisante aux États-Unis : le Pew Research Center évalue que les revenus des quotidiens cotés en bourse attribuables aux annonceurs ont diminué de 17 % de 2014 à 2016. Le numérique représente 29 % de ces revenus publicitaires, et, bien que ce type de recettes soit en hausse, leur augmentation est plus faible que la baisse subie par l’imprimé. Pour l’ensemble de la planète, l’Association mondiale des journaux indique que 90 % des revenus (publicité et diffusion) découlent des éditions papier. Or, les recettes publicitaires pour ces imprimés ont diminué de 8 % en 2016 par rapport à 2015 et de 27 % pendant les 5 années allant de 2011 à 2016. Pour leur part, les sommes provenant du numérique se sont accrues de 5 % de 2015 à 2016, mais elles ne représentent toujours qu’une faible part des revenus.

Mise à jour : janvier 2019

Notes

[1] Nous utilisons les données canadiennes publiées par Think TV et provenant de Médias d’Info Canada. Cette source ne rapporte aucun résultat sur une base provinciale. Statistique Canada a fourni de telles données au Centre d’études sur les médias pour les années 2014 et 2016. Le rapport Québec/Canada découlant des enquêtes de l’agence fédérale a été appliqué aux données provenant de Médias d’Info Canada.

[2] Institut de la statistique du Québec, « Comptes économiques des revenus et dépenses du Québec, édition 2018 », décembre 2018. stat.gouv.qc.ca/statistiques/economie/comptes-economiques/comptes-revenus-depenses/comptes-revenus-depenses-2018.pdf

Indice d’ensemble des prix à la consommation.

http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/economie/ipcgouva.htm

[3] Québecor, Informations supplémentaires, Trimestre / Période de 9 mois se terminant le 30 septembre 2018. Les revenus tirés des activités numériques proviennent tant de la publicité que de la diffusion.

https://www.quebecor.com/documents/20143/222711/d4d82df5-11bb-4469-8c7b-6e6d78f384fe-QI_SDisc_Q32018_Fr.pdf/3ebf6129-57fd-f96b-9b0c-8cb7a8fbf449?version=1.0&t=1541674821483

[4] Pour l’ensemble du Canada, cette proportion grimpe à 41 %, ce qui ne laisse qu’une tranche de 10 % aux quotidiens.

[5] Ce groupe comprend les hebdomadaires régionaux, d’autres titres régionaux dont les parutions sont plus espacées ainsi que les journaux universitaires, ethniques et religieux.

[6] Les revenus totaux ont atteint 646 millions de dollars, soit une somme inférieure aux dépenses de 647 millions.

[7] Les calculs excluent les cahiers publicitaires insérés dans les pages des journaux, dont la nature locale ou nationale n’est pas précisée.