Presse quotidienne

Au Québec

Les recettes publicitaires des quotidiens du Québec ont atteint 206 millions en 20191. Elles totalisaient 540 millions en 2012. Cette source de revenus s’est donc dégradée de 53 % en cinq ans. Or, pendant cette période, le produit intérieur brut (PIB) s’est accru de 8 % et l’Indice des prix à la consommation (IPC) de 5 %. 

En ce qui concerne les rentrées provenant de la diffusion (abonnements, ventes au numéro ou à l’article), elles s’élèvent à 94 millions de dollars en 2019, ce qui marque une baisse de 37 % par rapport à 2014.

Depuis 2003, le PIB a augmenté de 28,3 % et l’IPC de 27,8 %2, pendant que les revenus combinés tirés des annonceurs et de l’auditoire ont fondu de 55 %. Les quotidiens du Québec comme ceux ailleurs au Canada sont durement touchés par les changements dans les pratiques des publicitaires et des lecteurs survenus dans la foulée de la prolifération des ordinateurs, des tablettes et des téléphones intelligents.

1. Revenus des quotidiens au Québec

Source : Compilation réalisée par le CEM à partir de données de Statistique Canada et de Médias d’Info Canada.

Les quotidiens n’obtiennent plus que 8 % des dépenses des annonceurs. Les plateformes numériques non médiatiques et la télévision les devancent largement en recueillant, respectivement, 53 %3 et 23 % des sommes investies en publicité au Québec. Les stations de radio les dépassent également. Leur part atteint 11 %. Celle-ci est toutefois plutôt stable, alors que celle des quotidiens faiblit.

En ce qui a trait à la marge bénéficiaire, la donnée concerne différents types de publications, soit les quotidiens et ce que Statistique Canada appelle « les journaux communautaires généraux et spécialisés »4 .  Cette marge est négative depuis 2016 : à -6,5 % en 2018 et à -0,2 %5 en 2016, alors qu’elle s’élevait à 3,5 % en 2014, à 14,4 % en 2010 et à 17,5 % en 2000.

2. Évolution de la marge bénéficiaire d’exploitation des journaux (quotidiens et hebdomadaires) au Québec de 1999 à 2018 

Source : Statistique Canada (Enquête annuelle sur les industries de services : Éditeurs de journaux). Depuis 2010, Statistique Canada ne mène cette enquête que les années paires.

Au Canada

3. Revenus des quotidiens au Canada

Sources : Publicité : ThinkTV, Net Advertising Volume, édition décembre 2019, qui publie les données colligées par Médias d’Info Canada ; diffusion : Statistique Canada (Enquête annuelle sur les industries de services : Éditeurs de journaux) pour 2018 et les années précédentes. Depuis 2010, Statistique Canada ne mène cette enquête que les années paires.

Les annonceurs dépensent de moins en moins d’argent dans les quotidiens. La décroissance atteint 52 % au cours des cinq dernières années et 69 % pour la période s’étendant de 2003 à 2019. Même les publications numériques ont perdu du terrain auprès d’eux en 2019 (-18 % par rapport à 2018). La contribution des lecteurs s’amenuise elle aussi. Elle a baissé de 22 % depuis 2012.

Selon Médias d’Info Canada 72 % des rentrées publicitaires sont attribuables aux imprimés ce qui laisse 28 % pour le numérique. De leur côté, les données de Statistique Canada montrent que ce sont les annonceurs locaux qui y achètent le plus d’espace. En incluant les petites annonces, ils sont responsables de deux tiers de ces revenus.

Pour ce qui est des recettes découlant des ventes auprès de lecteurs, les éditions numériques n’en représentent que 8 %.

S’agissant des dépenses, Statistique Canada ne les répartit entre le papier et le numérique que pour l’ensemble des journaux. Le numérique y engendre 13 % des déboursés.

Au regard du rendement, notons que les marges bénéficiaires sont plus élevées au Canada qu’à l’échelle québécoise. Ainsi, les journaux canadiens sont toujours rentables en 2018, bien que cette profitabilité ait beaucoup faibli.

4. Évolution de la marge bénéficiaire d’exploitation des journaux (quotidiens et hebdomadaires) au Canada de 1999 à 2016

Source : Statistique Canada (Enquête annuelle sur les industries de services : Éditeurs de journaux). Depuis 2010, Statistique Canada ne mène cette enquête que les années paires.

La situation n’est guère plus reluisante aux États-Unis : le Pew Research Center évalue que les revenus des quotidiens cotés en bourse attribuables aux annonceurs ont chuté de 35 % de 2014 à 2018. Le numérique en représente 35 %, et, bien que ce type de recettes soit en hausse, leur augmentation est plus faible que la baisse subie par l’imprimé. Pour l’ensemble de la planète, l’Association mondiale des journaux indique que les rentrées publicitaires ont diminué de 23 % de 2013 à 2018. Environ 80 % de ces sommes découlent des éditions papier. Or, les recettes publicitaires pour ces imprimés ont dégringolé de 30 % pendant ces cinq années. Pour leur part, les sommes provenant du numérique se sont accrues de 33 %, mais elles ne représentent toujours que 20 % de cette catégorie de revenus. La diffusion (abonnements, ventes au numéro ou à l’article) rapporte elle aussi moins de dollars. Son apport s’est amenuisé de 4 %. On remarque une augmentation du côté du numérique, mais elle est bien insuffisante pour combler les pertes pour les imprimés. Fait à noter, à l’échelle mondiale, la diffusion fait entrer davantage d’argent dans les poches des quotidiens que la publicité. C’était vrai en 2013, ce l’est encore plus en 2018.

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Mise à jour : novembre 2020

Notes

[1] Nous utilisons les données de Statistique Canada qui mène des enquêtes auprès de l’industrie. Depuis 2010, celle-ci n’ont lieu que les années paires. Pour les années impaires nous faisons des projections à partir des données canadiennes publiées par Think TV et provenant de Médias d’Info Canada. Cette source ne rapporte aucun résultat sur une base provinciale. Pour les années impaires, les variations constatées dans les données canadiennes de Médias d’Info Canada ont été appliquées aux données de Statistique Canada des années paires.

[2] Institut de la statistique du Québec, Principaux indicateurs économiques conjoncturels, données annuelles: https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/economie/index.html; Indice des prix à la consommation: https://statistique.quebec.ca/statistiques/economie/ipc-mois-principaux.html#annee=2003&tri_region=15253 

[3] Pour l’ensemble du Canada, cette proportion grimpe à 58 %, ce qui ne laisse qu’une tranche de 5 % aux quotidiens.

[4] Ce groupe comprend les hebdomadaires régionaux, d’autres titres régionaux dont les parutions sont plus espacées ainsi que les journaux universitaires, ethniques et religieux.

[5] Les revenus totaux ont atteint 505 millions de dollars, soit une somme inférieure aux dépenses de 537 millions.