Télévision

La télévision québécoise tire principalement ses revenus de quatre sources :

  • la vente de temps d’antenne aux annonceurs (publicité) ;
  • les sommes versées par les gouvernements aux télévisions publiques en vertu des crédits parlementaires prévus dans les budgets adoptés par les législatures fédérale et provinciales ;
  • ce que les téléspectateurs paient pour avoir accès aux émissions des services spécialisés auxquels ils s’abonnent (comme RDI, Vrak TV, TVA Sports, Séries + et Super Écran) et ce qu’ils déboursent à l’unité pour regarder l’une ou l’autre des émissions des services sur demande (tels Indigo, illico). Ces montants sont perçus par les distributeurs (Vidéotron, Bell, Cogeco, etc.) qui les répartissent entre les propriétaires de ces services ;
  • es sommes octroyées directement ou par l’intermédiaire de crédits d’impôt aux producteurs indépendants par les gouvernements et les distributeurs.

La vente de temps d’antenne

Les recettes que les services privés et publics de télévision — généraliste et spécialisée1 — tirent de la publicité au Québec se situent à quelque 590 millions de dollars en 20172, alors qu’elles atteignaient 619 millions l’année précédente et 697 millions en 2013. Elles ont crû d’environ 31 % depuis 1997, mais elles n’ont jamais été aussi faibles depuis 2003. Ainsi, de 2011 à 2017, les revenus publicitaires se sont amenuisés de 14,7 %, pendant que l’indice des prix à la consommation (IPC) gagnait 7,1 %3. Et depuis 2003, le produit intérieur brut du Québec (PIB) s’est accru de 25 %4 et l’IPC de 27 %, tandis que les annonceurs dépensent aujourd’hui dans ce média le même montant qu’en 2003.

TABLEAU 1 : Revenus publicitaires de la télévision au Québec

Sources : Statistique Canada, Industries de la télédiffusion (jusqu’en 2009), puis CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers. CRTC, Services de télévision payante, à la carte, vsd et d’émissions spécialisées, relevés statistiques et financiers. Ces dernières données excluent les résultats de CPAC, Météomédia, Télétoon, Illico sur demande et Vu! qui sont considérés comme des services bilingues.

La télévision était depuis de nombreuses années le véhicule auquel, dans leur ensemble, les publicitaires accordaient la plus large partie de leurs budgets. Mais les plateformes numériques non médiatiques5 les devancent depuis 2015, obtenant 43 % de ces budgets en 2017, alors que la télévision en recueille 26 %. La radio et les quotidiens suivent avec, respectivement, 12 % et 11 % de ces achats.

En 2017, les dépenses des annonceurs en publicité à la télévision québécoise se répartissent ainsi : environ la moitié (51 %) va aux réseaux privés généralistes (incluant les stations de langue anglaise), une tranche de 18 % bénéficie à Radio-Canada, pendant que la part de la télévision spécialisée de langue française atteint 32 % (à l’échelle de l’ensemble du Canada, la part de CBC/Radio-Canada est de 7 % alors que celle des canaux spécialisés s’élève à 44 %). Au Québec, le partage de l’assiette publicitaire est similaire en 2017 à ce qu’il était en 2015. Pendant les années qui ont précédé, la partie dévolue au secteur généraliste privé s’est affaiblie au profit de celle des services spécialisés, dont le nombre a toutefois augmenté pendant la période. On en comptait en effet 14 en 2002, 25 en 2010, 34 en 2015 et 33 en 2017 (disparition du Canal Argent).

TABLEAU 2 : Répartition  des revenus publicitaires à la télévision québécoise

Sources : CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers et Services de télévision payante, à la carte, vsd et d’émissions spécialisées, relevés statistiques et financiers. Ces dernières données excluent les résultats de CPAC, Météomédia, Télétoon, Illico sur demande et Vu! qui sont considérés comme des services bilingues.

Voyons ce qu’il en est maintenant en termes de dollars. À 299 millions de dollars en 2017, les recettes publicitaires des stations privées généralistes du Québec n’ont jamais été aussi faibles au cours des 25 dernières années6. Il s’agit d’une diminution de 28 % par rapport au sommet atteint en 2005.

TABLEAU 3 : Revenus publicitaires de la télévision généraliste privée au Québec

Sources : Statistique Canada, Industries de la télédiffusion (jusqu’en 2009), puis CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers.

En parallèle, les revenus que les spécialisés de langue française tirent de la vente de temps d’antenne se sont accrus de façon marquée presque chaque année jusqu’en 2014. Ils s’élevaient alors à 211 millions de dollars, mais ont baissé depuis pour atteindre 187 millions en 2017. Il n’empêche qu’ils ont plus que quintuplé depuis 1999. Comme nous l’avons déjà indiqué, le nombre de services a toutefois beaucoup augmenté. On en comptait 9 en 1997 comparativement à 33 en 2017.

TABLEAU 4 :Revenus publicitaires de la télévision spécialisée de langue française

Source : CRTC, Services de télévision payante, à la carte, vsd et d’émissions spécialisées, relevés statistiques et financiers. Ces dernières données excluent les résultats de CPAC, Météomédia, Télétoon, Illico sur demande et Vu! qui sont considérés comme des services bilingues.

Les recettes publicitaires du réseau généraliste de langue française de Radio-Canada ont quant à elles diminué de 31 % depuis leur sommet de 150 millions enregistré en 2014. Elles se situent maintenant à 103 millions de dollars, soit le niveau qu’elles atteignaient pendant la première moitié de la décennie 2000.

TABLEAU 5 : Revenus publicitaires de la télévision généraliste de la langue française de Radio-Canada

Sources : Statistique Canada, Industries de la télédiffusion (jusqu’en 2009), puis CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers.

La publicité représente environ 85 % des recettes de la télévision privée généraliste québécoise : il en va autrement pour le service public et les canaux spécialisés. La principale source de revenus de la télévision publique demeure le financement gouvernemental, alors que les services spécialisés comptent surtout sur ce que les usagers paient en frais d’abonnement et pour les productions consommées à la carte.

Les crédits parlementaires

Radio‑Canada a reçu en 2017-2018 un peu plus de 1,1 milliard de dollars du Parlement canadien pour l’ensemble de ses activités, ce qui représente une augmentation de 10 % par rapport à l’année précédente et de 18 % comparativement à 2015-2016. Une somme de 674 millions est consacrée au secteur de la télédiffusion généraliste (services de langue anglaise et de langue française), dont 250 millions au Québec7. Ces montants sont en baisse par rapport à l’année précédente : de 17 % pour le Canada dans son entier et de 20 % pour le Québec. Le financement public représente 64 % des revenus d’exploitation des services généralistes de Radio-Canada au Québec (71 % pour le Canada). Pour sa part, le gouvernement du Québec a versé 59 millions à Télé-Québec en 2016-20178. Cette somme représente 74 % des entrées de fonds du diffuseur pour cette même année.

Abonnements

Les services spécialisés de langue française tirent 73 % de leurs recettes des abonnements. Après avoir augmenté année après année (ils ont plus que doublé de 2006 à 2016) ces revenus ont connu une première baisse, quoiqu’inférieure à 1 %, en 2017. Le même phénomène s’est produit à l’échelle canadienne. Près du quart (24 %) du financement de l’industrie francophone est attribuable à la publicité. Son apport a glissé à 187 millions en 2017 après un sommet de 212 millions atteint en 2014. Il s’agit d’une diminution de 12 % en l’espace de trois ans9.

Télévision généraliste vs spécialisée

Globalement, la télévision spécialisée bénéficie de revenus de plus en plus importants. Ils ont atteint 767 millions de dollars en 2017 pour les services de langue française, comparativement à 350 millions pour les diffuseurs privés généralistes du Québec. Pour les premiers, il s’agit d’une hausse de 42 % par rapport à 2010, alors que les généralistes privés ont plutôt connu une baisse de 18 % au cours de cette période. Jusqu’en 2007, les recettes de la télévision généraliste dépassaient celles des canaux spécialisés de langue française. C’est l’inverse depuis, et l’écart ne cesse de grandir.

TABLEAU 6 : Revenu de la télévision privée au Québec

Sources : CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers et Services de télévision payante, à la carte, vsd et d’émissions spécialisées, relevés statistiques et financiers. Ces dernières données excluent les résultats de CPAC, Météomédia, Télétoon, Illico sur demande et Vu! qui sont considérés comme des services bilingues.

En ce qui concerne la profitabilité, le secteur généraliste privé québécois a encaissé des pertes avoisinant 3 % pour chacune des quatre dernières années (-3,3 % en 2017), alors qu’il avait toujours enregistré des bénéfices de 1997 à 2013. De leur côté, les spécialisés de langue française accumulent les profits depuis 1997. Leur marge bénéficiaire (part des bénéfices avant intérêts et impôts sur les revenus d’exploitation) se situe à 11 % en 2017, soit 10 points de pourcentage de moins qu’en 2014. Exprimé en dollars, ces bénéfices ont chuté d’un peu plus de 40 %, soit de 146 millions en 2014 à 82 millions en 2017. Les dépenses y augmentent davantage que les revenus. Notons au passage la bataille que se livrent BCE et Québecor dans le domaine du sport : les profits de RDS (propriété de BCE) sont passés de 45 millions de dollars en 2014 à 27 millions en 2017, pendant que TVA Sports (propriété de Québecor) enregistrait une perte de 21 millions de dollars en 201710.

La télévision spécialisée parvient année après année à dégager des marges supérieures à celles des stations privées généralistes opérant au Québec.

TABLEAU 7 : Marges bénéficiaires de la télévision privée au Québec

Sources : Statistique Canada, Industries de la télédiffusion (jusqu’en 2009), puis CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers. CRTC, Services de télévision payante, à la carte, vsd et d’émissions spécialisées, relevés statistiques et financiers. Ces dernières données excluent les résultats de CPAC, Météomédia, Télétoon, Illico sur demande et Vu!.

Le secteur généraliste privé réalise depuis très longtemps des bénéfices bien inférieurs à ceux du secteur spécialisé. Depuis 1997, les services spécialisés affichent, globalement, des taux de profit égaux ou supérieurs à 11 % alors que les généralistes n’ont atteint ou dépassé cette barre qu’à deux occasions, leur meilleur résultat étant de 13 % en 2003. Du côté des spécialisés, la marge bénéficiaire excède 20 % pendant 10 des 21 années rapportées.

Des profits plus importants permettent à la télévision spécialisée d’investir davantage dans son offre de programmes, ce qui peut accroitre ses parts de l’écoute et ses revenus publicitaires. Les généralistes, au contraire, doivent réduire leurs dépenses. En fait, malgré l’inflation, les dépenses consacrées par les chaines généralistes francophones et anglophones du Québec aux émissions en 2017 sont inférieures à celles de 2005. Pendant la période plus récente allant de 2014 à 2017, les stations généralistes ont retranché 12 % à leurs investissements en programmation, pendant que les spécialisés les augmentaient de 32 %.

Soutien financier aux producteurs indépendants

Précisons que d’autres sommes servent aussi à encourager la production d’émissions canadiennes de télévision par des producteurs indépendants des diffuseurs (dans la plupart des cas ces entreprises ne peuvent être apparentées aux diffuseurs comme TVA, Bell Média ou Radio-Canada pour en bénéficier). Cela permet aux diffuseurs publics et privés, généralistes et spécialisés, d’acquérir ces émissions à un prix inférieur à leurs couts de production. Les deux paliers de gouvernement accordent, en effet, à la fois des subventions et des crédits d’impôt à ces producteurs. Les propriétaires de services de distribution versent également de l’aide à des projets d’émissions soumis par ces mêmes producteurs. Ils se conforment en cela aux règles du CRTC qui les obligent à consacrer 5 % de leurs revenus bruts annuels au soutien de la production télévisuelle canadienne. Le Fonds des médias du Canada (FMC) distribue l’aide directe du gouvernement fédéral et une grande part de celle des services de distribution attribuable à cette exigence du CRTC. Le FMC dispose de 350 millions de dollars en 2017-2018, dont 134 millions versés par le gouvernement fédéral. Le reste provient des distributeurs par câble, satellite ou autres moyens. La contribution de ces derniers évolue à la baisse, tout comme leurs revenus. Le fédéral s’est engagé à compenser ces pertes de manière à maintenir la somme totale disponible.

Le FMC circonscrit son aide aux quatre genres d’émissions jugées plus susceptibles d’être porteurs d’une certaine valeur culturelle pour les Canadiens et dont la rentabilité est plus difficile à assurer. Il s’agit des émissions de fiction, des documentaires, des émissions pour les enfants et pour les jeunes, ainsi que des émissions de variétés et des arts de la scène. Il s’intéresse aussi de plus en plus à l’Internet. En effet, il réserve des sommes pour des contenus et applications exclusivement numériques et tient compte des dérivés Internet associés aux productions télévisuelles traditionnelles dans l’attribution de financement. Le FMC a créé divers programmes, dont le plus important est le programme de rendement, auquel une somme de 230 millions est rattachée pour 2017-2018. Même si l’aide découlant de ce programme est versée aux producteurs des émissions, ce sont les diffuseurs qui choisissent, en en acquérant les droits, quelles émissions seront soutenues. Chaque diffuseur, incluant Radio-Canada, dispose d’une enveloppe dont la taille varie notamment en fonction des auditoires rejoints par les émissions subventionnées au cours des trois années précédentes. L’apport financier du FMC aux productions francophones canadiennes sera d’environ 110 millions en 2017-2018.

Il existe un programme fédéral de crédit d’impôt permettant aux producteurs d’être remboursés à hauteur de 25 % de leurs dépenses de main-d’œuvre admissibles pour les émissions qui appartiennent aux mêmes genres que ceux prévus au FMC, ainsi que pour les magazines télévisés et les émissions éducatives. Contrairement au FMC, ces crédits d’impôt ne sont pas limités par une enveloppe budgétaire maximale. La somme totale attribuée dépend du nombre de projets soumis et de leurs couts. La mesure fiscale représenterait un investissement d’environ 300 millions de dollars dans les productions canadiennes en 2017-2018.

De son côté, le programme québécois de crédit d’impôt permet aux producteurs de recouvrer généralement 32 % des dépenses de main-d’œuvre admissibles pour les mêmes types d’émissions. Le crédit est bonifié s’il s’agit d’une production régionale, si la production intègre des effets spéciaux ou de l’animation informatique, ou si elle ne bénéficie d’aucune aide financière provenant d’un organisme public. Pour l’année 2016-2017, le cout de cette mesure fiscale avoisine 129 millions de dollars.

L’Observatoire de la culture et des communications du Québec estime que l’ensemble du soutien public équivaut à 37 % des dépenses liées à la production cinématographique et télévisuelle11 du Québec en 2016-201712. La contribution publique se divise ainsi : le crédit d’impôt du Québec représente 15,5 % des couts de production, celui du Canada 9 %, Téléfilm Canada 7 %13, la partie du Fonds des médias du Canada provenant du gouvernement fédéral 4,2 %, la SODEC 3,4 %14 et, enfin, l’ONF, les commandites et autres sources représentent 0,8 % des dépenses totales. Toutes formes confondues, cette aide publique totalise 309 millions de dollars au Québec.

Mise à jour : mars 2019

Notes
[1] Nous ne tiendrons compte que des services de langue française, parce que le Québec est leur principal marché. Les services sur demande ne peuvent présenter de messages publicitaires.

[2] Calculs du Centre d’études sur les médias à partir de diverses éditions de relevés statistiques et financiers du CRTC concernant la télévision traditionnelle de même que les services facultatifs et sur demande. Ces données ne tiennent pas compte des revenus en ligne. Ceux-ci sont estimés à 56 millions pour l’année 2017.

[3] Institut de la statistique du Québec, Indice d’ensemble des prix à la consommation.

http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/economie/ipcgouva.htm

[4] Institut de la statistique du Québec, « Comptes économiques des revenus et dépenses du Québec, édition 2017 », décembre 2017. stat.gouv.qc.ca/statistiques/economie/comptes-economiques/comptes-revenus-depenses/comptes-revenus-depenses-2017.pdf

[5] Il s’agit principalement de Google, Facebook et YouTube.

[6] Faute de données, les revenus en ligne ne sont pas considérés quand il s’agit d’un secteur.

[7] Les services spécialisés ICI RDI, CBC News Network, ICI ARTV, ICI Explora et documentary ne reçoivent aucune aide de l’État. Ils doivent s’autofinancer.

[8] Dernier rapport annuel disponible.

[9] Certains services de vidéo en ligne tels Illico et Netflix se financent aussi par des abonnements. Nous en traitons dans la section portant sur les médias numériques.

[10] TVA Sports accumule les pertes depuis le début de ses activités en 2012.

[11] Cela englobe les courts, moyens et longs métrages, les documentaires, les productions télévisuelles (fictions, magazines et variétés), ainsi que les productions d’animation qui ont reçu une accréditation de la SODEC aux fins du programme de crédit d’impôt du Québec.

[12] Source : Observatoire de la culture et des communications du Québec, Statistiques sur l’industrie du film et de la production télévisuelle indépendante. Édition 2017, Tome 2. Production, financement, diffusion et patrimoine cinématographique.

[13] Téléfilm aide surtout les longs métrages.

[14] Les sommes sont destinées aux courts, moyens et longs métrages de fiction ou documentaires.