Télévision

La télévision québécoise tire principalement ses revenus de quatre sources :

  • la vente de temps d’antenne aux annonceurs (publicité) ;
  • les sommes versées par les gouvernements aux chaines publiques en vertu des crédits parlementaires prévus dans les budgets adoptés par les législatures fédérale et provinciales ;
  • ce que les téléspectateurs paient pour avoir accès aux services spécialisés auxquels ils s’abonnent (comme RDI, Vrak TV, TVA Sports, Séries + et Super Écran) et ce qu’ils déboursent à l’unité pour regarder l’une ou l’autre des émissions des services sur demande (tels Indigo, illico). Ces montants sont perçus par les distributeurs (Vidéotron, Bell, Cogeco, etc.) qui les répartissent entre les propriétaires de ces services ;
  • les sommes octroyées directement ou par l’intermédiaire de crédits d’impôt aux producteurs indépendants par les gouvernements et les distributeurs.

La vente de temps d’antenne

Les recettes que les services privés et publics de télévision — généraliste et spécialisée1 — tirent de la publicité au Québec se situent à quelque 547 millions de dollars en 20192, alors qu’elles atteignaient 570 millions l’année précédente et 697 millions en 2013. Elles ont crû de 21 % depuis 1997, mais elles n’ont jamais été aussi faibles depuis 2003. Ainsi, de 2014 à 2019, les revenus publicitaires se sont amenuisés de 21 %, pendant que l’indice des prix à la consommation (IPC) gagnait 6,6 %3. Et depuis 2003, le produit intérieur brut du Québec (PIB) s’est accru de 28,3 % 4 et l’IPC de 27,8 %, tandis que les annonceurs dépensent aujourd’hui dans ce média moins qu’en 2003.

1. Revenus publicitaires de la télévision au Québec

Sources : Statistique Canada, Industries de la télédiffusion (jusqu’en 2009), puis CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers. CRTC, Services de télévision payante, à la carte, vsd et d’émissions spécialisées, relevés statistiques et financiers. Ces dernières données excluent les résultats de CPAC, Météomédia, Télétoon, Illico sur demande et Vu! qui sont considérés comme des services bilingues.

La télévision était depuis de nombreuses années le véhicule auquel, dans leur ensemble, les publicitaires accordaient la plus large partie de leurs budgets. Mais les plateformes numériques non médiatiques5 les devancent depuis 2015, obtenant 52 % de ces budgets en 2019, alors que la télévision en recueille 23 %. La radio et les quotidiens suivent avec, respectivement, 11 % et 8 % de ces achats.

En 2019, les dépenses des annonceurs en publicité à la télévision québécoise se répartissent ainsi : la moitié va aux réseaux privés généralistes (incluant les stations de langue anglaise), une tranche de 20 % bénéficie à Radio-Canada, pendant que la part de la télévision spécialisée de langue française atteint 30 % (à l’échelle de l’ensemble du Canada, la part de CBC/Radio-Canada est de 7 % alors que celle des canaux spécialisés s’élève à 44 %). Au Québec, le partage de l’assiette publicitaire varie peu depuis 2015. Pendant les années qui ont précédé, la partie dévolue au secteur généraliste privé s’est affaiblie au profit de celle des services spécialisés, dont le nombre a toutefois augmenté pendant la période. On en compte en effet 14 en 2002, 25 en 2010, 34 en 2015 et 33 depuis 2017 (disparition du Canal Argent).

2. Répartition des revenus publicitaires à la télévision québécoise

Sources : CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers et Services de télévision payante, à la carte, vsd et d’émissions spécialisées, relevés statistiques et financiers. Ces dernières données excluent les résultats de CPAC, Météomédia, Télétoon, Illico sur demande et Vu! qui sont considérés comme des services bilingues.

Voyons ce qu’il en est maintenant en termes de dollars. À 274 millions de dollars en 2019, les recettes publicitaires des stations privées généralistes du Québec n’ont jamais été aussi faibles au cours des 25 dernières années6. Il s’agit de diminutions de 3 % par rapport à 2018 et de 34 % depuis le sommet atteint en 2005.

3. Revenus publicitaires de la télévision généraliste privée au Québec

Sources : Statistique Canada, Industries de la télédiffusion (jusqu’en 2009), puis CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers.

En parallèle, les revenus que les spécialisés de langue française tirent de la vente de temps d’antenne se sont accrus de façon marquée presque chaque année jusqu’en 2014. Ils s’élevaient alors à 211 millions de dollars, mais ont baissé depuis pour atteindre 163 millions en 2019. Il n’empêche qu’ils ont plus que quintuplé depuis 1999. Comme nous l’avons déjà indiqué, le nombre de services a toutefois beaucoup augmenté. On en comptait 9 en 1997 comparativement à 33 en 2019.

4. Revenus publicitaires de la télévision spécialisée de langue française

Source : CRTC, Services de télévision payante, à la carte, vsd et d’émissions spécialisées, relevés statistiques et financiers. Ces dernières données excluent les résultats de CPAC, Météomédia, Télétoon, Illico sur demande et Vu! qui sont considérés comme des services bilingues.

Les recettes publicitaires du réseau généraliste de langue française de Radio-Canada ont quant à elles diminué de 24 % depuis leur sommet de 150 millions enregistré en 2014. Elles se situent maintenant à 111 millions de dollars, soit le niveau qu’elles atteignaient pendant la première moitié de la décennie 2000.

5. Revenus publicitaires de la télévision généraliste de la langue française de Radio-Canada

Sources : Statistique Canada, Industries de la télédiffusion (jusqu’en 2009), puis CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers.

La publicité représente 87 % des recettes de la télévision privée généraliste québécoise : il en va autrement pour le service public et les canaux spécialisés. Les crédits parlementaires constituent la principale source de financement de la télévision publique, alors que les services spécialisés comptent surtout sur ce que les usagers paient en frais d’abonnement et pour les productions consommées à la carte.

Les crédits parlementaires

Radio‑Canada a reçu en 2018-2019 un peu plus de 1,1 milliard de dollars du Parlement canadien pour l’ensemble de ses activités, soit un montant équivalent à l’année précédente, mais qui représente une augmentation de 10 % par rapport à 2016-2017 et de 18 % comparativement à 2015-2016. Une somme de 686 millions est consacrée au secteur de la télédiffusion généraliste (services de langue anglaise et de langue française), dont 271 millions au Québec7. Ces montants sont en baisse relativement à l’année précédente : de 9 % pour le Canada dans son entier et de 4 % pour le Québec. Le financement public représente 66 % des revenus d’exploitation des services généralistes de Radio-Canada au Québec (72 % pour le Canada). Pour sa part, le gouvernement du Québec a versé 67 millions à Télé-Québec en 2018-2019. Cette somme correspond à 77 % des entrées de fonds du diffuseur pour cette même année.

Abonnements

Les services spécialisés de langue française tirent 75 % de leurs recettes des abonnements. Après avoir augmenté année après année (ils ont plus que doublé de 2006 à 2016) ces revenus ont baissé de 6,6 % de 2016 2019. Le déclin a également commencé en 2017 à l’échelle canadienne mais est un peu moins prononcé puisqu’il atteint 4,2 %. Près du quart (23 %) du financement de l’industrie francophone est attribuable à la publicité. Son apport a glissé à 163 millions en 2019 après un sommet de 211 millions en 2014. Il s’agit d’une diminution de 23 % en l’espace de cinq ans8.

Télévision généraliste vs spécialisée

Globalement, la télévision spécialisée bénéficie de revenus de plus en plus importants. Ils ont atteint 706 millions de dollars en 2019 pour les services de langue française, comparativement à 313 millions pour les diffuseurs privés généralistes du Québec. Pour les premiers, il s’agit d’une hausse de 31 % par rapport à 2010, alors que les généralistes privés ont plutôt connu une baisse de 27 % au cours de cette période. Jusqu’en 2007, les recettes de la télévision généraliste dépassaient celles des canaux spécialisés de langue française. C’est l’inverse depuis, et l’écart ne cesse de grandir.

6. Revenu de la télévision privée au Québec

Sources : CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers et Services de télévision payante, à la carte, vsd et d’émissions spécialisées, relevés statistiques et financiers. Ces dernières données excluent les résultats de CPAC, Météomédia, Télétoon, illico sur demande et Vu! qui sont considérés comme des services bilingues.

En ce qui concerne la profitabilité,9, le secteur généraliste privé québécois a encaissé des pertes pour chacune des cinq dernières années (BAII négatif de 28 millions ou -9 % en 2019), alors qu’il avait toujours enregistré des bénéfices de 1997 à 2013. De leur côté, les spécialisés de langue française accumulent les profits depuis 1997. Leur marge bénéficiaire (part des bénéfices avant intérêts et impôts sur les revenus d’exploitation) se situe à 10 % en 2019, soit 11 points de pourcentage de moins qu’en 2014. Exprimé en dollars, ces bénéfices ont chuté de plus de 50 %, soit de 146 en 2014 à 68 millions en 2019. Les dépenses y augmentent davantage que les recettes. Notons au passage la bataille que se livrent BCE et Québecor dans le domaine du sport : RDS (propriété de BCE) est passé d’un profit de 45 millions en 2014 à une perte de 162 mille dollars en 2019, pendant que TVA Sports (propriété de Québecor) enregistrait une perte de 17,6 millions de dollars en 201910.

La télévision spécialisée parvient année après année à dégager des marges supérieures à celles des stations privées généralistes opérant au Québec.

7. Marges bénéficiaires de la télévision privée au Québec

Sources : Statistique Canada, Industries de la télédiffusion (jusqu’en 2009), puis CRTC, Télévision traditionnelle, relevés statistiques et financiers. CRTC, Services de télévision payante, à la carte, vsd et d’émissions spécialisées, relevés statistiques et financiers. Ces dernières données excluent les résultats de CPAC, Météomédia, Télétoon, illico sur demande et Vu!.

Le secteur généraliste privé réalise depuis très longtemps des bénéfices bien inférieurs à ceux du secteur spécialisé. Depuis 1997, les services spécialisés affichent, globalement, des taux de profit égaux ou supérieurs à 10 % alors que les généralistes n’ont atteint ou dépassé cette barre qu’à deux occasions, leur meilleure performance étant de 13 % en 2003. Du côté des spécialisés, la marge bénéficiaire a régulièrement excédé 20 %.

Des profits plus importants permettent à la télévision spécialisée d’investir davantage dans son offre de programmes, ce qui peut accroitre ses parts de l’écoute et ses revenus publicitaires. Les généralistes, au contraire, doivent réduire leurs dépenses. En fait, malgré l’inflation, les sommes consacrées par les chaines généralistes francophones et anglophones du Québec aux émissions canadiennes en 2019 sont inférieures à celles de 2005. Pendant la période plus récente allant de 2015 à 2019, les stations généralistes ont retranché 6 % à leurs investissements en programmation d’ici, pendant que les spécialisés les augmentaient de 2 %. Ces derniers services y ont affecté 423 millions en 2019, dont 197 millions pour des émissions sportives. Du côté des généralistes il s’est agi d’un montant de 174 millions. Mentionnons, pour compléter le tour de piste, que la dépense de même nature pour Radio-Canada s’élève à 221 millions au Québec.

Soutien financier aux producteurs indépendants

Précisons que d’autres sommes servent aussi à encourager la production d’émissions canadiennes de télévision par des producteurs indépendants des diffuseurs (dans la plupart des cas ces entreprises ne peuvent être apparentées aux diffuseurs comme TVA, Bell Média ou Radio-Canada pour en bénéficier). Cela permet aux diffuseurs publics et privés, généralistes et spécialisés, d’acquérir ces émissions à un prix inférieur à leurs couts de production. Les deux paliers de gouvernement accordent, en effet, à la fois des subventions et des crédits d’impôt à ces producteurs. Les propriétaires de services de distribution versent également de l’aide à des projets d’émissions soumis par ces mêmes producteurs. Ils se conforment en cela aux règles du CRTC qui les obligent à consacrer 5 % de leurs revenus bruts annuels au soutien de la production télévisuelle canadienne. Le Fonds des médias du Canada (FMC) distribue l’aide directe du gouvernement fédéral et une grande part de celle des services de distribution attribuable à cette exigence du CRTC. Le FMC dispose de 352 millions de dollars en 2019-2020, dont 157 millions versés par le gouvernement fédéral. Le reste provient des distributeurs par câble, satellite ou autres moyens. La contribution de ces derniers évolue à la baisse, tout comme leurs revenus. Le fédéral s’est engagé à compenser ces pertes de manière à maintenir la somme totale disponible.

Le FMC circonscrit son aide aux quatre genres d’émissions jugées plus susceptibles d’être porteurs d’une certaine valeur culturelle pour les Canadiens et dont la rentabilité est plus difficile à assurer. Il s’agit des émissions de fiction, des documentaires, des émissions pour les enfants et pour les jeunes, ainsi que des émissions de variétés et des arts de la scène. Il s’intéresse aussi de plus en plus à l’Internet. En effet, il réserve des sommes pour des contenus et applications exclusivement numériques et tient compte des dérivés Internet associés aux productions télévisuelles traditionnelles dans l’attribution de financement. Le FMC a créé divers programmes, dont le plus important est celui dit convergent, auquel une somme de 284 millions est rattachée pour 2019-2020. Même si l’aide découlant de ce programme est versée aux producteurs, ce sont les diffuseurs qui choisissent, en en acquérant les droits, quelles émissions seront soutenues. Chacun d’entre eux, incluant Radio-Canada, dispose d’une enveloppe dont la taille varie notamment en fonction des auditoires rejoints par les émissions subventionnées au cours des trois années précédentes. L’apport financier du FMC aux créations francophones canadiennes sera d’environ 110 millions en 2019-2020.

Il existe un programme fédéral de crédit d’impôt permettant aux producteurs d’être remboursés à hauteur de 25 % de leurs dépenses de main-d’œuvre admissibles pour les émissions qui appartiennent aux mêmes genres que ceux prévus au FMC, ainsi que pour les magazines télévisés et les émissions éducatives. Contrairement au FMC, ces crédits d’impôt ne sont pas limités par une enveloppe budgétaire maximale. La somme totale attribuée dépend du nombre de projets soumis et de leurs couts. La mesure fiscale représenterait un investissement d’environ 340 millions de dollars dans les productions canadiennes en 202011.

De son côté, le programme québécois de crédit d’impôt permet aux producteurs de recouvrer généralement 32 % des dépenses de main-d’œuvre admissibles pour les mêmes types d’émissions. Le crédit est bonifié s’il s’agit d’une production régionale, si la production intègre des effets spéciaux ou de l’animation informatique, ou si elle ne bénéficie d’aucune aide financière provenant d’un organisme public. Pour l’année 2018-2019, le cout de cette norme fiscale avoisine 106 millions de dollars.

L’Observatoire de la culture et des communications du Québec estime que l’ensemble du soutien public équivaut à 32,9 % des dépenses liées à la production télévisuellee12 indépendante au Québec en 2018-201913. La contribution se divise ainsi : le crédit d’impôt du Québec représente 15,6 % des couts, celui du Canada 10,3 %, la partie du Fonds des médias du Canada provenant du gouvernement fédéral 5,8 %, la SODEC 0,5 % , Téléfilm Canada 0,3 % et, enfin, l’ONF, les commandites et autres sources correspondent à 0,4 % des dépenses totales. Toutes formes confondues, cette aide publique s’élève à 225 millions de dollars au Québec.

De son côté, le CRTC a créé le Fonds pour les nouvelles locales indépendantes (FNLI) en télévision dont les activités ont débuté en septembre 2017. Les entreprises de distribution de radiodiffusion doivent y verser 0,3 % de leurs revenus bruts (compris dans le 5 % mentionné précédemment). Au Québec, les stations privées de langue française n’appartenant pas au Groupe TVA sont admissibles à cette aide financière14, et ont ainsi reçu 7,2 millions en 2019.

Mise à jour : novembre 2020

Notes
[1] Nous ne tiendrons compte que des services de langue française, parce que le Québec est leur principal marché. Les services sur demande ne peuvent présenter de messages publicitaires.

[2] Calculs du Centre d’études sur les médias à partir de diverses éditions de relevés statistiques et financiers du CRTC concernant la télévision traditionnelle de même que les services facultatifs et sur demande. Ces données ne tiennent pas compte des revenus en ligne. Ceux-ci sont estimés à 35 millions pour l’année 2019.

[3] Institut de la statistique du Québec, Indice d’ensemble des prix à la consommation:  http://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/economie/ipcgouva.htm.

[4] Institut de la statistique du Québec, Principaux indicateurs économiques conjoncturels, données annuelles: https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/principaux-indicateurs-economiques-conjoncturels-donnees-annuelles-18-annees-pdf.pdf

[5] Il s’agit principalement de Google, Facebook et YouTube.

[6] Faute de données, les revenus en ligne ne sont pas considérés quand il s’agit d’un secteur.

[7] Les services spécialisés ICI RDI, CBC News Network, ICI ARTV, ICI Explora et documentary ne reçoivent aucune aide de l’État. Ils doivent s’autofinancer.

[8] Certains services de vidéo en ligne tels Illico et Netflix se financent aussi par des abonnements. Nous en traitons dans la section portant sur les médias numériques.

[9] Bénéfice avant intérêts et impôts (BAII).

[10] TVA Sports accumule les pertes depuis le début de ses activités en 2012.

[11] Ministère des Finances du Canada, Rapport sur les dépenses fiscales fédérales 2019.

[12] Cela englobe les productions télévisuelles de fiction, les magazines et les variétés, ainsi que l’ensemble de l’animation, des courts et moyens métrages de fiction et des documentaires à l’exception des longs métrages documentaires qui ont reçu une accréditation de la SODEC aux fins du programme de crédit d’impôt du Québec. Il s’agit de la production indépendante.

[13] Source : Observatoire de la culture et des communications du Québec, Profil de l’industrie audiovisuelle au Québec en 2019.

[14] Le CRTC oblige toutes les stations de télévision généraliste voulant vendre du temps d’antenne dans leur marché local à y couvrir l’actualité. Toutes les stations québécoises sont dans cette situation, même si celles de Noovo (alors V Télé) ont pendant un temps diffuser ces bulletins en dehors des heures de grande écoute.