La vidéo en ligne

Le marché des services de webdiffusion par abonnement est en pleine expansion. De grandes entreprises américaines viennent se frotter à Netflix et Amazon. Certaines d’entre elles rapatrient sous leur enseigne les nombreuses productions sur lesquelles elles touchaient des droits pour leur diffusion par d’autres acteurs, tant en ligne qu’en mode traditionnel. Disney, Warner Media (HBOMax) et NBCUniversal croient ainsi faire plus d’argent. Pour sa part, Apple se lance dans les productions originales pour alimenter sa plateforme. L’entreprise estime que le grand nombre de personnes utilisant ses appareils lui confère un avantage concurrentiel. Pour survivre, ces webdiffuseurs aux ambitions internationales devront gagner le cœur de millions d’abonnés. Il n’est pas certain que tous y parviennent. D’autant qu’ils font face, hors des frontières étatsuniennes, à des compétiteurs nationaux qui s’appuient sur des produits locaux. Ici, il s’agit principalement de Club illico (Québecor), Tou.tv Extra (Radio-Canada) et Crave TV (Bell), qui accroissent d’ailleurs leur offre.

Sans compter les deux autres types de services : ceux pour lesquels le client paie uniquement pour le contenu visionné tels iTunes, Google Play et Microsoft Movies & TV et ceux financés par la publicité comme YouTube et Facebook.

Selon le cabinet Omdia, dont les données sont rapportées par le CRTC, les revenus de l’ensemble des services de vidéo sur demande (VSD) par Internet auraient atteint un peu plus de 4,5 milliards de dollars au Canada en 2019. Il s’agit d’une hausse de 9 % comparativement à l’année précédente et de 27 % par rapport à 2015. C’est loin d’être négligeable quand on pense que ceux de tous les diffuseurs privés s’élèvent à 5,8 milliards et qu’ils ont baissé de 1 % en 2019. Les services par abonnement recueillent plus de la moitié (58 %) des revenus de tous les VSD. À lui seul, Netflix en amasse 33 % (1,5 milliard $). La seconde place revient à YouTube qui en accapare 17 % (770 millions). Viennent ensuite iTunes avec 8 % (357 millions) et Amazon Prime Video avec 6 % (246 millions).

1. Évolution des revenus des services de vidéo en ligne au Canada

Source : Données 2012 et 2013 d’Ovum puis d’Omdia rapportées dans diverses éditions du Rapport de surveillance des communications du CRTC.

Le budget dont les gens disposent étant limité, bon nombre de foyers choisissent maintenant de ne pas souscrire à un service de distribution de radiodiffusion. Les Vidéotron, Bell, Cogeco et autres entreprises du genre au Canada ont perdu quelque 995 000 clients depuis le sommet atteint en 2012. En 2019, quelque 70 % des Canadiens bénéficiaient d’un tel abonnement. Cette même année, la proportion était de 77 % au Québec, avant de retraiter à 72 % en 2020, selon l’enquête de l’ATN1.

Si l’ensemble des services de télévision spécialisée n’ont pas encore tellement senti de baisse dans ce qu’ils collectent de leurs abonnés2, il en va différemment pour le sous-groupe de ceux qui, ayant renoncé à la publicité, comptent presque exclusivement sur les dollars des utilisateurs, tels Crave, illico sur demande et Indigo. De 2012 à 2019, les sommes que ces services à la carte ou sur demande ont reçues de leurs clients ont diminué de 27 % ou de 122 millions de dollars.

2. Évolution des revenus des services traditionnels financés presqu’exclusivement par les utilisateurs au Canada*

*Les services dits facultatifs qui tirent leurs revenus tant des utilisateurs que de la publicité sont exclus. Environ 2 % des sommes indiquées dans ce graphique ne proviennent pas des utilisateurs (ni de la publicité). Source : CRTC, diverses éditions du Rapport de surveillance des communications.

Le visionnement de vidéos par Internet est maintenant une pratique largement répandue. Un peu plus de huit Canadiens sur dix, qu’ils soient francophones ou anglophones, en consomment au moins une fois par mois. Sur une base hebdomadaire, l’écoute de la télévision de manière classique a régressé de 3 heures depuis 2013, alors que celle par Internet a gagné presque 2 heures. Les Canadiens de 18 ans et plus regardent la télévision en mode traditionnel pendant 26,3 heures par semaine, comparativement à 3,8 heures sur le Net3. Seize pour cent des Canadiens n’en consomment qu’en ligne : 18 % chez les anglophones et 10 % chez les francophones. Sans surprise, la consultation exclusivement en ligne est considérablement plus répandue parmi les 18-34 ans où elle est adoptée par 31 % des Canadiens. À l’inverse, elle ne touche que 9 % des 50-64 ans.

L’écoute d’une production vidéo en ligne rejoint plus de 80 % de chacun des deux groupes linguistiques. Le visionnement de films et l’écoute de nouvelles sont des pratiques moins courantes : chez les francophones, ils ne concernent que 41 % de la population dans le premier cas, et 37 % dans le second. Dans les deux situations, les écarts entre les communautés sont plus marqués. Il en va de même au regard de la fréquentation de Netflix. La barrière de la langue de même que l’attachement des francophones aux histoires et vedettes d’ici protègent partiellement nos diffuseurs.

3. Pourcentage des Canadiens qui ont visionné des vidéos en ligne au cours du dernier mois, par langue, en 2019

Source : Données de l’Observatoire des technologies médias rapportées par le CRTC dans le Rapport de surveillance des communications 2020.

En 2020, 70 % des foyers québécois sont abonnés à un service de vidéo sur demande (VSD) en ligne. Il s’agit d’un gain de 13 points de pourcentage par rapport à 2019 et de 30 points depuis 2016. La proportion dépasse la barre des 90 % chez les 18-34 ans.

4. Proportion de foyers québécois abonnés à un service de vidéo sur demande en ligne

Source : ATN, Portrait numérique des foyers québécois, NETendances 2020.

Netflix domine ce marché, suivi par Amazon Prime Video, le Club illico et Disney+. Le premier rejoint un peu plus de la moitié des foyers pendant que les trois autres se situent entre 14 et 19 %.

5. Proportion de foyers québécois abonnés à des services de vidéo sur demande en ligne en 2020

Source : ATN, Portrait numérique des foyers québécois, NETendances 2020.

Les trois services américains que sont Netflix, Amazon Prime Video et Disney+ dépassent largement les services canadiens chez les 25-34 ans. Le premier pénètre dans 80 % de ces jeunes foyers, Amazon dans le tiers et Disney+ dans plus du quart. Les trois services canadiens pointent autour de 10 %.

6. Proportion de foyers québécois abonnés à un service de vidéo sur demande en ligne chez les 25-34 ans en 2020

Source : ATN, Portrait numérique des foyers québécois, NETendances 2020.

Mentionnons en terminant que Netflix est plus populaire ailleurs au pays. Ainsi, selon les données de GlobalWebIndex rapportées par le Fonds des médias du Canada, 68 % des Canadiens anglais y sont abonnés4.

Notes

[1] ATN, Portrait numérique des foyers québécois, NETendances 2020.

 [2] Il s’agit pour la majeure partie des redevances incluses dans les frais d’abonnement à un service de distribution.

 [3] Celle-ci y est définie comme « émission entière ou des extraits d’émissions de télévision regardés au moyen d’un ordinateur, d’un téléphone intelligent, d’une tablette ou d’un téléviseur connecté à Internet ». Données provenant de Numeris et de l’Observatoire des technologies médias, CRTC, Rapport de surveillance des communications 2020.

 [4] Fonds des médias du Canada, Rapport annuel sur les tendances dans l’industrie audiovisuelle, Reprendre autrement, février 2021.

 

Mise à jour : mars 2021