Télévision

Un plus grand choix de canaux a permis à la télévision diffusée et distribuée selon les modes traditionnels de gagner en popularité auprès des Québécois de langue française jusqu’en 2011, mais l’écoute décline depuis, manifestement en raison de l’arrivée des services en ligne de type Netflix, YouTube, Club illico et Tout.tv.

1. Évolution de l’écoute hebdomadaire de la télévision au Québec francophone (à l’exclusion d’Internet)

Source : Données BBM puis Numeris selon la méthode de l’audimétrie ; période de 15 semaines au printemps pour 2011 et 2017 et de 9 semaines pour 2020 (du 6 janvier au 8 mars). Nous avons exclu les semaines suivantes en raison du confinement imposé par les autorités sanitaires pour combattre la pandémie de COVID-19 qui a accru le temps disponible.

En 2020, les Québécois consacrent 31 heures par semaine à la télévision traditionnelle, soit une heure de moins qu’en 2017 et quatre heures de moins qu’en 2011. En comparant 2020 à 2011, on constate que le déclin frappe tous les groupes à l’exception des 65 ans et plus, pour lesquels il n’y a pas de changement. La baisse est particulièrement marquée pour les 12-17 ans et les 18-24 où l’écoute a fondu d’environ 30 %. La perte est supérieure à la moyenne au sein des 25-34 (-5 heures) et des 35-49 ans (-8 heures). L’écoute a également diminué de 4 heures chez les 50-64 et de 3 heures pour les enfants (2 à 11 ans). Le temps passé devant le petit écran oscille entre 15 et 21 heures jusqu’au groupe des 35-49 ans inclusivement, pour ensuite augmenter avec l’âge. Les personnes de 50 ans et plus regardent bien davantage la télévision que les plus jeunes.

En moyenne, en prenant en compte l’ensemble de la population, les francophones du Québec sont plus loyaux envers les émissions de la télévision traditionnelle que les autres Canadiens. Ils leur consacrent 7 heures de plus par semaine. Mais une bonne partie de cette préférence est attribuable aux téléspectateurs de 50 ans et plus et, dans une moindre mesure, aux enfants. Pour les autres tranches d’âge, l’attrait des plateformes en ligne proposant des contenus vidéo a fait autant de dégâts ici que dans le reste du Canada.

2. Écoute hebdomadaire de la télévision au Québec francophone et dans le reste du Canada (à l’exclusion d’Internet), en 2020

Source : Numeris selon la méthode de l’audimétrie ; période de 9 semaines au printemps.

Car l’écoute de contenus vidéo par Internet, une pratique maintenant largement répandue, n’est pas comptabilisée dans ces données. Selon l’Observateur des technologies médias (OTM), il représente 3,8 heures par semaine en 2019 à l’échelle des adultes canadiens de 18 ans et +, comparativement à 3,4 heures en 2017, à 3,1 heures en 2016 et à 0,5 heure en 2009 et 2010.

Voyons un peu plus en détail la popularité du visionnement en ligne de divers types de vidéos, comme établi par l’OTM.

3. Pourcentage des Canadiens qui ont visionné des vidéos en ligne au cours du dernier mois, par langue, en 2019

Source : CRTC, Rapport de surveillance des communications 2020.

Sur une base mensuelle (dernier mois) les Canadiens de langue anglaise sont proportionnellement plus nombreux que les Canadiens francophones à regarder des productions sur Internet, qu’il s’agisse de contenus concernant le sport, de films, de Netflix, d’une émission de télévision de 30 ou 60 minutes, de nouvelles, d’une vidéo sur YouTube ou sur tout type de plateforme. Cependant, plus la catégorie vise un large spectre de pratiques, plus l’écart s’amenuise. Ainsi, si 41 % des francophones écoutent des films en ligne1 comparativement à 54 % des anglophones, pour un intervalle de 13 points, celui-ci se réduit à 5 points pour le visionnement de n’importe quel genre de vidéo sur le Web. Il en va de même pour ceux qui recourent à Netflix par rapport à ceux qui puisent chez YouTube. La différence s’élève à 24 points de pourcentage dans le premier cas contre 7 dans le second.

Revenons à la télévision en mode traditionnel. Les Québécois francophones sont très fidèles aux émissions produites au Canada (la plupart de ces émissions de langue française sont réalisées au Québec). Ils leur accordent 59 % de leurs heures de visionnement. C’est l’inverse pour les autres Canadiens qui consacrent 59 % de leur écoute aux productions étrangères. Ces chiffres ont trait à l’année 2018-2019. Si la consommation des créations d’ici se maintient ces cinq dernières années dans le marché francophone du Québec, elle a faibli de 5 points de pourcentage au Canada anglais.

Par ailleurs, le plus grand choix de canaux a entraîné un morcellement croissant de l’écoute. La part de l’ensemble des services spécialisés et payants (Vrak TV, RDS, Séries +, LCN, Canal D, Super Écran et autres) auprès des téléspectateurs francophones du Québec, qui était de 30,8 % en 2005, pointe au-delà de 45 % depuis 2010 et atteint 46,3 % en 2020. Le réseau généraliste le plus populaire, TVA, récolte 25,7 % de l’écoute cette même année, une performance similaire à celles obtenues depuis 2010. Radio-Canada occupe la deuxième place avec 15,4 %, ce qui se situe près de la moyenne des dernières années. Ciblant essentiellement un public de jeunes adultes, Noovo emporte 5,6 % du marché pour 2020. Il s’agit de l’un de ses pires résultats depuis quinze ans. Finalement, Télé‑Québec récupère 2,6 % de l’écoute télévisuelle.

Soulignons que, à l’échelle du reste du Canada, la part de marché des services spécialisés et payants canadiens dépasse, à 51 %, celle du Québec francophone.

4. Évolution des parts d’écoute de la télévision chez les francophones du Québec*

Source : Données BBM puis Numeris selon la méthode de l’audimétrie ; périodes de 15 semaines au printemps jusqu’en 2019, puis période de 9 semaines en 2020 (6 janvier au 8 mars) pour tenir compte du contexte de confinement qui a marqué la fin de la saison.

Si les parts de ces divers acteurs dans le marché francophone de Montréal sont voisines de celles de la totalité du Québec francophone, le portrait diffère dans celui de Québec. Les services spécialisés canadiens y obtiennent de moins bons résultats, ce dont bénéficient TVA et Radio-Canada. De fait, à Québec, TVA amasse autant d’heures d’écoute que l’ensemble de ces canaux.

5. Évolution des parts d’écoute de la télévision dans le marché francophone de Montréal

Source : Données BBM puis Numeris selon la méthode de l’audimétrie ; période de 15 semaines au printemps jusqu’en 2019 et de 9 semaines (6 janvier au 8 mars) en 2020 pour tenir compte du contexte de confinement.

6. Évolution des parts d’écoute de la télévision dans le marché de Québec

Source : Données BBM puis Numeris selon la méthode des cahiers d’écoute, sondages du printemps.

Notons que la part globale de l’écoute attribuée aux services spécialisés canadiens se répartit entre une centaine de canaux différents. La plupart d’entre eux en recueillent donc une portion infime. Les plus prisés par les téléspectateurs francophones sont les canaux sportifs RDS qui en récoltent 5,2 % et LCN qui en obtient 5 %. Ils sont suivis de Séries+, à 3,1 %, de RDI, à 3 %, de TVA Sports, à 2,2 %, de Super Écran, à 2,0 %, et de Canal D, à 1,9 % 2. En 2019, selon les calculs du CRTC, les services spécialisés et payants de langue française et anglaise dans lesquels Bell Média détient une participation d’au moins 50 % totalisent 16,3 % de l’écoute des francophones du Québec. Ceux appartenant à Québecor en recueillent 14,3 %. Ceux du groupe Corus/Shaw en reçoivent 8,8 %, ceux de la SRC-CBC 5,2 % et les propriétés de Remstar 2,6 % 3.

Attardons-nous maintenant à l’utilisation de la télévision pour se renseigner. Près de 70 % des Canadiens de langue française ont écouté un bulletin de nouvelles ou d’autres émissions d’information au cours de la dernière semaine et un peu plus de la moitié mentionne ce média comme leur principale source4. À ce titre, les chaînes en continu sont désignées par deux répondants sur dix, tandis que trois sur dix ont indiqué les réseaux généralistes. Ces proportions étaient du même ordre lors de la première enquête en 2016. Que l’on soit un homme ou une femme ne change rien, cependant que l’âge joue un grand rôle. La télévision est la source dominante pour environ 22 % des moins de 35 ans, comparativement à 62 % pour les 35 ans et plus. Chez les moins de 35 ans, ce sont les médias sociaux qui arrivent au premier rang avec quelque 35 % des mentions5.

Le revenu familial a pareillement une influence sur l’attrait de la télévision comme principal moyen de s’informer : les personnes dont le ménage a un revenu annuel bas (moins de 30 000 $) se situent près de la moyenne, celles au revenu moyen (entre 30 000 et 99 999 $) se trouvent six points de pourcentage au-dessus de la moyenne, pendant que celles au revenu élevé (100 000 $ et plus) se retrouvent sous la moyenne, également de six points de pourcentage. La moitié des répondants appartiennent à ce dernier groupe, alors que les deux autres en représentent, chacun, le quart.

L’enquête nous renseigne aussi sur la popularité des diverses sources télévisées utilisées au cours de la dernière semaine. Les chaînes TVA/LCN et leurs pendants en ligne rejoignent 69 % des Canadiens francophones relativement à 57 % pour Radio-Canada/RDI. L’avantage de TVA/LCN est présent chez toutes les tranches d’âge, à l’exception des 25-34 ans pour lesquels il y a égalité. TV5 et CNN sont mentionnées par quelque 10 % des répondants.

7. Proportion des Canadiens français qui écoutent les diverses sources télévisées d’information pendant une semaine donnée, 2021

* Portée totale des services tant en mode traditionnel qu’en ligne.
Source : Enquête 2021 du Reuters Institute for the study of journalism et du Centre d’études sur les médias

Quelque 60 % des répondants qui ont mentionné Radio-Canada/RDI ont eu recours à leurs sites ou applications, soit en exclusivité, soit en combinaison avec le petit écran. Du côté de TVA/LCN, cette proportion est plutôt de 52 %. Les moins de 35 ans sont plus nombreux que leurs aînés à employer les services en ligne, que ce soit en solo ou en conjonction avec le mode traditionnel. La proportion est de 74 % pour Radio-Canada/RDI et de 60 % pour TVA/LCN.

8. Proportion des Canadiens français qui écoutent les diverses sources télévisées d’information pendant une semaine donnée, selon le mode utilisé, 2021*

Source : Enquête 2021 du Reuters Institute for the study of journalism et du Centre d’études sur les médias.

Mise à jour : mars 2021

[1]. Selon l’OTM, 54 % des Canadiens de langue française ont regardé des films en ligne à l’automne 2020.

[2]. Source : Données Numeris selon la méthode de l’audimétrie, période du 6 janvier au 8 mars 2020, pour le Québec francophone.

[3]. Source : CRTC, Rapport de surveillance 2020.

[4]. Source : Enquête 2021 du Reuters Institute for the study of journalism et du Centre d’études sur les médias. Échantillon de 1017 francophones dont 93 % résident au Québec. Sondage en ligne entre la mi-janvier et la fin du mois de février 2021 auprès d’internautes ayant affirmé avoir eu accès aux nouvelles au cours du mois précédent.

[5]. Hommes et femmes de moins de 35 ans montrent à cet égard un comportement bien différent. Les Facebook, YouTube, Instagram et autres plateformes d’échange sont la source privilégiée pour 41 % des femmes contre 29 % des hommes.