Presse quotidienne

Quatorze quotidiens sont publiés au Québec : onze sont payants alors que trois sont gratuits. L’un de ces derniers n’est offert qu’en format numérique pendant1 que les deux autres desservent principalement les utilisateurs des transports en commun du marché montréalais2. On retrouve aussi le site de nouvelles en ligne Huffpost Québec3, de même que différents sites, portails et agrégateurs de nouvelles, souvent associés à des acteurs de l’audiovisuel (Ici Radio-Canada, FM93…) ou des hebdos. Il semble acquis, aux dires même des gens du milieu, que les éditions papier de plusieurs quotidiens sont appelées à disparaitre au même titre que celles de La Presse, ou au minimum à espacer leur rythme de publication. Ainsi, Le Soleil de Québec a interrompu son édition papier du dimanche en mars 2018. Environ un an plus tôt, Le Quotidien de Saguenay a cessé de publier Le Progrès-Dimanche, qui pouvait être considéré comme son édition dominicale. Une partie des contenus a été intégrée à l’édition du samedi qui a maintenant pour nom Le Progrès. Les plateformes numériques de ces journaux continuent de publier tous les jours. Internet brouille d’ailleurs les distinctions entre les différents intervenants du monde médiatique, puisque des entreprises du domaine de la presse écrite y produisent des vidéos, des acteurs du milieu de la télédiffusion et de la radio y publient des textes de nouvelles, des portails d’hebdomadaires sont mis à jour quotidiennement, etc. Sans oublier, en parallèle, la création d’applications interactives visant à jouer un rôle analogue aux quotidiens du matin. 

Un peu plus de la moitié (53 %) de la population adulte du Québec lit régulièrement4 un quotidien en semaine. Pendant une semaine type complète (7 jours)5, ces journaux rejoignent les trois quarts (76 %) des Québécois. Les Canadiens sont proportionnellement moins nombreux à s’informer en consultant un quotidien que ce soit du lundi au vendredi ou sur l’ensemble de la semaine (lundi au dimanche).

Tous les indicateurs semblent poindre vers un certain fléchissement du lectorat. Ces variations sont toutefois moindres que les marges d’erreur et, en l’absence d’une série chronologique plus longue, nous ne pouvons conclure à une tendance baissière6.

La popularité des éditions du weekend permet aux journaux de rejoindre une tranche de 20 à 25 % de la population qui ne les fréquente que pour ces contenus.

TABLEAU 1 : Proportion de lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) et portée (7 jours) en % de la population, Québec et Canada, 2017 et 2018

Source : Compilation du CEM à partir des données Vividata Q3 2017 et Q3 2018.

Comment le lectorat a-t-il évolué sur une plus longue période ? Nous pouvons en avoir une idée en comparant les résultats obtenus pendant les deux dernières années pendant lesquelles NADbank (2012 et 2013) était responsable de telles mesures aux deux années les plus récentes de Vividata. Comme le premier ne publiait pas de données pour l’ensemble du Québec, l’exercice portera sur le marché de Montréal où vit plus de la moitié de la population québécoise. Notons au préalable que les données de NADbank pour l’année 2013 se comparent avantageusement à celles obtenues depuis le début des années 2000. On n’observe pas de tendance baissière généralisée contrairement à ce qui se dégage à l’échelle canadienne où le lectorat régulier est passé de 57 % en 2001 à 48 % en 2013, une diminution présente chez tous les groupes de moins de 65 ans. Dans la Métropole, seul le groupe des 18-24 ans a perdu de l’intérêt.

TABLEAU 2 : Lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) à Montréal selon les groupes d’âge en 2001, 2005, 2009 et 2013*

Source : Compilation du CEM à partir des données de NADbank.

TABLEAU 3 : Lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) dans l’ensemble du Canada selon les groupes d’âge en 2001, 2005, 2009 et 2013*

Source : Compilation du CEM à partir des données de NADbank.

La juxtaposition des années 2012 et 2013 aux années 2017-2018 ne montre aucun affaiblissement. Au contraire, on peut y percevoir une certaine croissance chez les 18-24 ans et les 50 ans et plus.

TABLEAU 4 : Lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) à Montréal selon les groupes d’âge en 2012, 2013, 2017 et 2018

Source : Compilation du CEM à partir des données de NADbank et Vividata Q3 2017 et Q32018.

L’un des principaux défis des quotidiens est de maintenir les éditions imprimées (sauf pour La Presse) tout en étant offerts sur tous les supports numériques.

Si, en 2017, l’imprimé était encore le vecteur utilisé par le plus grand nombre des lecteurs réguliers de 18 ans et plus dans l’ensemble du Québec ainsi que dans les marchés de Montréal et de Québec, les deux types de supports sont maintenant à égalité pour le Québec en entier, pendant que la lecture en ligne a dépassé celle en format papier dans la Métropole. Dans la Capitale nationale, l’imprimé a toujours quelques points d’avance. 

TABLEAU 5 : Répartition des lecteurs réguliers (lu hier en semaine) de quotidiens selon le support utilisé et les principaux marchés en 2017 et 2018

Source : Compilation du CEM à partir des données de Vividata Q3 2017 et Q3 2018.

Dans les autres marchés, l’imprimé demeure le mode de lecture préféré, à l’exception d’Ottawa-Gatineau où le numérique a pris le dessus.

TABLEAU 6 : Répartition des lecteurs réguliers (lu hier en semaine) de quotidiens selon le support utilisé et les marchés en 2018

Source : Compilation du CEM à partir des données de Vividata Q3 2018.

Contrairement à ce que l’on constate au Québec et à Montréal, l’imprimé domine encore largement à l’échelle du Canada et dans le marché de Toronto. Qui plus est, les pratiques des Torontois en ce domaine sont similaires à celles de l’ensemble des Canadiens. Au Québec, Montréal et Ottawa-Gatineau sont plus « numériques » que les autres.

Mise à jour : avril 2019

Notes

[1] La Presse a cessé de publier son édition papier du samedi en janvier 2018. Elle avait entrepris ce virage vers les seules plateformes numériques en 2016 par l’abandon de l’imprimé en semaine. Elle s’en remet donc exclusivement à son site Internet ainsi qu’à ses applications pour tablettes et téléphones intelligents.

[2] 24 h et Métro ont été lancés en 2001.

[3] Le HuffPost Québec couvre l’actualité québécoise uniquement en mode numérique depuis son entrée dans le marché en 2012. Ce titre est toutefois absent des données qui vont suivre, car son lectorat n’est pas mesuré par l’organisme qui s’en charge pour les autres titres.

[4] Proportion d’adultes ayant lu ou feuilleté au moins une édition imprimée ou numérique hier, du lundi au vendredi. Nous utilisons les données Q3 2018 de Vividata qui ont trait à la période de 12 mois allant d’octobre 2017 à septembre 2018 et celles de Q3 2017 et Q3 2016 qui couvrent les mêmes périodes en 2016-2017 et 2015-2016. 18 ans et plus.

[5] Proportion d’adultes ayant lu ou feuilleté au moins un journal en format imprimé ou numérique au cours d’une semaine complète (7 jours). Cet indicateur est connu comme la portée.

[6] Les données que nous utilisons sont tirées d’enquêtes menées par Vividata, née de la fusion en 2014 de NADbank et de PMB. La méthode de collecte de données ayant été substantiellement modifiée, seuls certains résultats de 2018 et 2017 peuvent être comparés à ceux de 2016. Vividata suggère une grande prudence.