Presse quotidienne

Douze quotidiens sont publiés au Québec : onze sont payants alors qu’un est gratuit1. Ce dernier n’est offert qu’en format numérique2. On retrouve aussi différents sites, portails et agrégateurs de nouvelles, souvent associés à des acteurs de l’audiovisuel (ICI Radio-Canada, FM93…) ou des hebdos. Les éditions papier de plusieurs quotidiens sont appelées à disparaître au même titre que celles de La Presse, ou le rythme de publication s’espace.

Ainsi, Le Soleil de Québec a interrompu son édition papier du dimanche en mars 2018. Environ un an plus tôt, Le Quotidien de Saguenay avait cessé de publier Le Progrès-Dimanche, qui pouvait être considéré comme son édition dominicale. Une partie des contenus avaient alors été intégrés à l’édition du samedi, qui a maintenant pour nom Le Progrès. La pandémie de COVID-19 a sans doute accéléré le mouvement. La chute sévère des revenus publicitaires qu’elle a entraînée a amené la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i), dans un premier temps, à suspendre, puis à abandonner les publications papier du lundi au vendredi pour ses six quotidiens régionaux. Seules les éditions imprimées du samedi demeurent. Du côté de Québecor, depuis janvier 2023, le Journal de Montréal et le Journal de Québec ont cessé entièrement de publier leurs éditions du dimanche, bien qu’ils publient encore une édition papier tous les autres jours de la semaine. Depuis février 2021, le 24 h (aussi une propriété de Québecor), jusque-là distribué en tant que quotidien du lundi au vendredi à Montréal, est, lui, passé à une édition imprimée par semaine, pensé désormais davantage comme un magazine. L’autre quotidien gratuit de Montréal, Métro, a suivi le pas en réduisant ses éditions papier graduellement jusqu’à en publier qu’une seule par semaine à partir de juin 2022.

Les plateformes numériques de ces journaux continuent de publier tous les jours, la majorité offrant une édition numérique du journal imprimé par semaine, tout comme les plateformes de plusieurs hebdos. Internet brouille d’ailleurs les distinctions entre les différents intervenants du monde médiatique, puisque des entreprises du domaine de la presse écrite y produisent des vidéos, des acteurs du milieu de la télédiffusion et de la radio y publient des textes de nouvelles, des portails d’hebdomadaires sont mis à jour quotidiennement, etc. Sans oublier, en parallèle, la création d’applications interactives visant à jouer un rôle analogue aux quotidiens du matin.

La moitié (50 %) de la population adulte du Québec lit régulièrement3 un quotidien en semaine. Pendant une semaine type complète (7 jours)4, ces journaux rejoignent un peu moins des trois quarts (73 %) des Québécois. Les Canadiens sont proportionnellement moins nombreux à s’informer de cette manière que ce soit du lundi au vendredi ou sur l’ensemble de la semaine (lundi au dimanche).

Tous les indicateurs pointent vers une légère baisse du lectorat au Québec et un fléchissement plus marqué à l’échelle du Canada. La série chronologique est toutefois courte pour conférer un caractère définitif à ces observations5. On aurait pu s’attendre à un intérêt plus grand à l’égard de la presse quotidienne, puisque la moitié de l’enquête de 2020 et l’entièreté de celle de 2021 ont été menées pendant la pandémie de COVID-19, une période remplie d’interrogations et d’incertitudes6. D’autres facteurs ont sans doute joué en sens inverse : le télétravail et l’enseignement à distance ont fait chuter l’utilisation des transports en commun à Montréal, lieux de prédilection pour la lecture des gratuits ; Métro est d’ailleurs passé de cinq publications par semaine à deux avant d’opter définitivement pour trois parutions papier ; son rival, 24 h, est devenu un magazine ; les six quotidiens de la coopérative d’information CN2i ont interrompu les sorties papier en semaine7, avant d’ériger un mur payant pour l’accès à leurs contenus numériques. On note aussi la disparition du HuffPost Québec, actif uniquement en ligne.

La popularité des éditions du week-end permet aux journaux de rejoindre une tranche de 20 à 25 % de la population qui ne les fréquente que pour ces contenus.

1. Proportion de lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) et portée (7 jours) en % de la population, Québec et Canada, 2017 à 2021

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017, Hiver 2019, Hiver 2020, Hiver 2021 et Hiver 2022.

Comment le lectorat a-t-il évolué sur une plus longue période ? Nous pouvons en avoir une idée en comparant les résultats obtenus au cours des deux dernières années pendant lesquelles NADbank (2012 et 2013) était responsable de telles mesures aux quatre années les plus récentes de Vividata. Comme le premier ne publiait pas de données pour l’ensemble du Québec, l’exercice portera sur le marché de Montréal où vit plus de la moitié de la population québécoise. Bien que Vividata ne procède pas selon les mêmes paramètres que ceux de son prédécesseur et ne peut y être comparé qu’avec beaucoup de prudence, les fondamentaux n’ont pas été modifiés : l’échantillon est établi de manière aléatoire, la question « Avez-vous lu ou feuilleté un quotidien hier » est inchangée, et le marché de Montréal correspond toujours au territoire de la Région métropolitaine de recensement. Qui plus est, le nombre de quotidiens locaux n’a pas varié jusqu’en mars 2021 alors que le 24 h est devenu un magazine.

Avant de se pencher sur les années plus récentes, notons au préalable que les données de NADbank pour l’année 2013 se comparent avantageusement à celles obtenues depuis le début des années 2000. On n’observe pas de tendance baissière généralisée contrairement à ce qui se dégage à l’échelle canadienne où le lectorat régulier est passé de 57 % en 2001 à 48 % en 2013, une diminution présente chez tous les groupes de moins de 65 ans. Dans la métropole, seul le groupe des 18-24 ans a perdu de l’intérêt.

2. Lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) à Montréal selon les groupes d’âge en 2001, 2005, 2009 et 2013*

*Les données pour l’année 2013 tiennent compte de la consultation des sites web des quotidiens et des applications.
Source : Compilation du CEM à partir de NADbank.

3. Lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) dans l’ensemble du Canada selon les groupes d’âge en 2001, 2005, 2009 et 2013*

*Les données pour l’année 2013 tiennent compte de la consultation des sites web des quotidiens et des applications.

Source : Compilation du CEM à partir de NADbank.

Le taux de lectorat à Montréal en semaine (hier) tournait autour de 50 % pendant la période s’étendant de 2001 à 2013, par opposition à un peu plus de 55 % en 2018 et 20198. Toutefois, cette moyenne générale est revenue au palier du 50 % en 2020 et 2021. Sur le long terme, la situation de ces journaux ne se serait donc pas détériorée.

Poursuivons la comparaison à propos des groupes d’âge. La popularité des quotidiens en semaine dans le marché de Montréal est en hausse chez les 65 ans et plus par rapport aux niveaux atteints lors des plus récentes enquêtes pilotées par NADbank. Elle est stable pour les 18-24 ans et les 25-34. Du côté des 50-64 ans, la fréquentation en 2020 et 2021 est bien en deçà de celle de la période 2018-2019 ; elle est même inférieure à celle des années 2012 et 2013. On remarque aussi un recul en ce qui concerne les 35-49 ces deux dernières années, une diminution qui situe le groupe en dessous de ses marques de 2012 et 2013. Les sondages de 2020 et 2021 ont été menés alors que les mesures sanitaires imposaient le télétravail pour une bonne partie des travailleurs et que les campus universitaires et collégiaux étaient déserts. Par voie de conséquence, l’achalandage s’est effondré dans les transports en commun. Les enquêtes subséquentes permettront de vérifier si les résultats de ces deux sondages revêtent un caractère d’exception ou sont porteurs d’une tendance.

4. Lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) à Montréal selon les groupes d’âge en 2012, 2013, 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021

Source : Compilation du CEM à partir des données de NADbank et Vividata Hiver 2019, Hiver 2020, Hiver 2021 et Hiver 2022.

L’un des principaux défis de plusieurs quotidiens est de maintenir des éditions imprimées tout en étant offerts sur tous les supports numériques.

Si, en 2017, l’imprimé était encore le vecteur utilisé par le plus grand nombre des lecteurs réguliers de 18 ans et plus dans le Québec tout entier, ainsi que dans les marchés de Montréal et de Québec, la consommation exclusivement en ligne dépasse maintenant celle reposant uniquement sur le papier : de 34 points de pourcentage dans l’ensemble, de 39 à Montréal et de 37 à Québec. Dans la Capitale nationale, le mode historique avait toujours quelques points d’avance en 2019. La fin des éditions papier sur semaine du journal Le Soleil en 2020 y a sonné le glas de la domination du papier.  

5. Répartition des lecteurs réguliers (lu hier en semaine) de quotidiens selon le support utilisé et les principaux marchés en 2017 et 2021

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017 et Hiver 2022.

Le numérique a également pris le dessus dans les marchés régionaux9. C’est en 2019 que le numérique a pris le dessus à Ottawa-Gatineau et Granby, alors que l’imprimé demeurait encore le mode de lecture préféré à Saguenay, Sherbrooke et Trois-Rivières. C’était avant la baisse de fréquence de publication de plusieurs quotidiens régionaux.

Le renversement des habitudes s’est produit l’année suivante, en 2020, pour ces trois derniers marchés. C’est à Trois-Rivières où le changement a été le plus important, alors que la lecture exclusivement en ligne domine en 2021 par 37 points de pourcentage comparé à l’avance de 11 points de l’imprimé en 2018. L’avance du numérique se fait aussi remarquer dans les autres régions : elle est de 37 points à Saguenay, de 35 à Gatineau et de 30 à Granby. Elle est toutefois moins marquée à Sherbrooke et dans les marchés non desservis par un quotidien local10, où l’écart s’élève respectivement à 19 et 21 points.

6. Répartition des lecteurs réguliers (lu hier en semaine) de quotidiens selon le support utilisé et les marchés en 2018 et 2021

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2019 et Hiver 2022.

Au Québec, les marchés de Sherbrooke, de Montréal, d’Ottawa-Gatineau et de la ville de Québec sont plus « numériques » que les autres.

C’est en 2020 que le numérique a supplanté l’imprimé à l’échelle du Canada et dans le marché de Toronto. Les écarts entre les deux façons de faire sont cependant moins marqués qu’au Québec et à Montréal. Qui plus est, les pratiques des Torontois en ce domaine sont similaires à celles de l’ensemble des Canadiens.

7. Répartition des lecteurs réguliers (lu hier en semaine) de quotidiens selon le support utilisé au Québec, au Canada, à Montréal et Toronto en 2018 et 2021

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2019 et Hiver 2022.

Mise à jour : mars 2022

Notes

[1] Métro, anciennement un quotidien papier desservant principalement les utilisateurs des transports en commun du marché montréalais, ne publie désormais qu’une seule édition papier par semaine depuis juin 2022, même si son site web est toujours mis à jour quotidiennement.

[2] La Presse a cessé de publier son édition papier du samedi en janvier 2018. Elle avait entrepris ce virage vers les seules plateformes numériques en 2016 par l’abandon de l’imprimé en semaine. Elle s’en remet donc exclusivement à son site Internet ainsi qu’à ses applications pour tablettes et téléphones intelligents.

[3] Proportion d’adultes ayant lu ou feuilleté au moins une édition imprimée ou numérique hier, du lundi au vendredi. Nous utilisons les données suivantes de Vividata dont les enquêtes ont eu lieu sur les périodes de 12 mois mentionnées ci-après : Hiver 2022, d’octobre 2020 à septembre 2021 ; Hiver 2021, d’octobre 2019 à septembre 2020 ; Hiver 2020, de juillet à décembre 2018 ainsi que d’avril à septembre 2019 ; Hiver 2019 d’octobre 2017 à septembre 2018 ; Q3 2017 et Q3 2016 qui couvrent les mêmes périodes en 2016-2017 et 2015-2016. 18 ans et plus.

[4] Proportion d’adultes ayant lu ou feuilleté au moins un journal en format imprimé ou numérique au cours d’une semaine complète (7 jours). Cet indicateur est connu comme la portée. 18 ans et plus.

[5] Les données que nous utilisons sont tirées d’enquêtes menées par Vividata, née de la fusion en 2014 de NADbank et de PMB. La méthode de collecte ayant été substantiellement modifiée en 2019, il faut faire preuve d’une grande prudence au moment de comparer les résultats. Par ailleurs, aucune comparaison ne peut être faite avec les résultats antérieurs à 2017 en raison de changements apportés à la façon de mesurer le lectorat.

[6] Les chaînes télévisées d’information ont connu de fortes hausses de leur écoute pendant la période.

[7] Soulignons qu’en novembre, donc après la période de l’enquête Hiver 2021, ils ont érigé un mur payant pour l’accès à leurs contenus numériques.

[8] En 2017, selon une donnée non rapportée dans le graphique, le lectorat était également supérieur à 55 %. La population de la RMR de Montréal s’est accrue de 232 000 personnes entre 2013 et 2021 chez les 18 ans et plus.

[9] Contrairement à la figure précédente, il s’agit des années 2018 et 2021 puisque nous n’avons pas les données des marchés régionaux pour 2017.

[10] Les données pour l’ensemble du Québec résultent du cumul des réponses à une enquête tenue dans quatre types de marchés : la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal, la RMR de Québec, les autres villes desservies par un quotidien local (marchés régionaux des RMR de Gatineau, Sherbrooke, Trois-Rivières et Saguenay, de même que celui de l’agglomération de recensement de Granby) et, enfin, celles qui n’en ont pas. Quelque 49 % de la population québécoise habite dans la RMR de Montréal, 10 % dans celle de Québec, 11 % dans les marchés régionaux et 30 % dans les « autres marchés ». Ces derniers incluent toutes les autres agglomérations de recensement (Victoriaville, Saint-Hyacinthe, Rimouski, Shawinigan, Joliette, Rouyn-Noranda, Sept-Îles, Matane, Alma et bien d’autres encore). Les résidents des « autres marchés » sont des lecteurs moins assidus de quotidiens.