Presse quotidienne

Un peu plus de la moitié (52 %) de la population adulte du Québec lit régulièrement1 un quotidien en semaine. Pendant une semaine type complète (7 jours)2, ces journaux rejoignent les trois quarts (75 %) des Québécois. Les Canadiens sont proportionnellement moins nombreux à s’informer en consultant un quotidien que ce soit du lundi au vendredi ou sur l’ensemble de la semaine (lundi au dimanche).

Tous les indicateurs pointent vers une stabilisation du lectorat au Québec et un certain fléchissement à l’échelle du Canada. La série chronologique est toutefois courte pour conférer un caractère définitif à ces observations3.

La popularité des éditions du week-end permet aux journaux de rejoindre une tranche de 20 à 25 % de la population qui ne les fréquente que pour ces contenus. 

1. Proportion de lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) et portée (7 jours) en % de la population, Québec et Canada, de 2017 à 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017, Hiver 2019, Hiver 2020 et Hiver 2021.

Les données pour l’ensemble du Québec résultent du cumul des réponses à une enquête tenue dans quatre types de marchés : la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal, la RMR de Québec, les autres villes desservies par un quotidien local (marchés régionaux des RMR de Gatineau, Sherbrooke, Trois-Rivières et Saguenay, de même que celui de l’agglomération de recensement de Granby) et, enfin, celles qui n’en ont pas. Quelque 49 % de la population québécoise habite dans la RMR de Montréal, 10 % dans celle de Québec, 11 % dans les marchés régionaux et 30 % dans les « autres marchés ». Ces derniers incluent toutes les autres agglomérations de recensement (Victoriaville, Saint-Hyacinthe, Rimouski, Shawinigan, Joliette, Rouyn-Noranda, Sept-Îles, Matane, Alma et bien d’autres encore).

Les résidents des « Autres marchés » sont des lecteurs moins assidus de quotidiens. Cela se vérifie pour les quatre années, et tant au regard des lecteurs réguliers que de la portée. On comprend que l’intérêt de consulter un quotidien est moins grand dans les communautés qui ne sont pas directement desservies par ceux-ci. À moins d’un évènement hors de l’ordinaire, ces journaux couvriront peu leur actualité locale. La proportion de lecteurs réguliers ainsi que la portée sont nettement plus élevées à Québec et légèrement plus élevées à Montréal. Cela est sans doute attribuable à la présence de deux quotidiens locaux à Québec et de six à Montréal. Quant à l’écart entre Québec et Montréal, il pourrait découler d’une moins forte identification à la communauté dans le milieu plus populeux et cosmopolite de Montréal.

Les autres changements intervenus entre 2017 et 2020 témoignent d’une grande stabilité. On aurait pu s’attendre à un intérêt plus marqué à l’égard de la presse quotidienne en 2020, puisque la moitié de l’enquête a été menée pendant la pandémie de COVID-19, une période remplie d’interrogations et d’incertitudes4. Or, ce n’est pas ce que les données démontrent. D’autres facteurs ont sans doute joué en sens inverse : le télétravail a fait chuter l’utilisation des transports en commun à Montréal, lieux de prédilection pour la lecture des gratuits ; Métro est d’ailleurs passé en septembre de cinq publications par semaine à deux ; en mars, les six quotidiens de la coopérative d’information CN2i ont interrompu les éditions papier en semaine5 ; pendant les périodes où ils ont pu ouvrir leurs salles à manger, les restaurants qui mettaient des journaux à la disposition de leurs clients ont été contraints, pour des raisons sanitaires, de cesser de le faire.

2. Proportion de lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) en % de la population, de 2017 à 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017, Hiver 2019, Hiver 2020 et Hiver 2021.

3. Proportion de lecteurs des quotidiens sur l’ensemble de la semaine (7 jours) en % de la population, de 2017 à 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017, Hiver 2019, Hiver 2020 et Hiver 2021.

Deux marchés régionaux se démarquent des autres : pour chacune des trois années, les résidents de Gatineau sont de moins grands lecteurs de ces journaux pendant que ceux de Granby le sont davantage. Ce dernier marché est le plus petit à avoir un quotidien au Québec. On y dénombre 73 000 personnes. Celui de Gatineau est le plus populeux avec 4 fois plus d’habitants soit 315 000. Saguenay et Trois-Rivières en comptent, respectivement, 130 000 et 135 000, alors qu’à Sherbrooke on atteint 189 000. L’intérêt des citoyens pour ce qui se passe dans leur milieu et ce que les médias en racontent est généralement plus élevé dans les localités de taille modeste.

Les marchés de Gatineau, Saguenay et Sherbrooke connaissent une baisse de lectorat. La direction inverse paraît à l’œuvre à Granby et Trois-Rivières. Dans tous les cas, il faut attendre les résultats d’enquêtes ultérieures pour voir si la tendance se confirme. Dans le cas de Saguenay et Sherbrooke, les diminutions sont spécialement importantes en 2020 : au moins cinq points de pourcentage tant en semaine que sur 7 jours. Cela serait-il attribuable aux changements qu’ont connus les deux quotidiens locaux en renonçant au papier comme les 4 autres du groupe, sauf pour l’édition du samedi ? De plus, celle-ci a adopté une formule de magazine généraliste qui a pu déplaire à certains lecteurs.

4. Proportion de lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) et portée des quotidiens (7 jours) en % de la population, marchés régionaux, de 2017 à 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017, Hiver 2019, Hiver 2020 et Hiver 2021.

5. Proportion de lecteurs des quotidiens sur l’ensemble de la semaine (7 jours) en % de la population, de 2017 à 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017, Hiver 2019, Hiver 2020 et Hiver 2021.

Le genre et l’âge ont, chacun, un effet important sur la lecture des quotidiens. Les hommes sont plus nombreux que les femmes à les utiliser. Au Québec, l’écart est de 10 points de pourcentage en ce qui concerne la fréquentation sur une base régulière (hier) et de 5 points sur l’ensemble de la semaine.

6. Proportion de lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) et portée (7 jours) en % de la population, selon le genre, Québec et Canada, 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2021.

Pour ce qui est de l’âge, la figure qui suit montre que les moins de 50 ans se situent en dessous de la moyenne : par 12 points de pourcentage pour les 18-24 ans en 2020, par 4 points chez les 25-34 ans et par 3 chez les 35-49 ans. Les personnes de 50 à 64 ans affichent la moyenne pendant que les plus âgées la dépassent par 10 points. Les variations d’une année à l’autre pour un groupe sont statistiquement significatives pour deux d’entre eux, les 18-24 et les 50-64 ans, qui délaissent les quotidiens.

7. Proportion de lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine), au Québec, en % de la population selon les groupes d’âge, de 2017 à 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017, Hiver 2019, Hiver 2020 et Hiver 2021.

L’âge a aussi une incidence, bien que moins prononcée, sur la portée. Les éditions de fin de semaine se fraient un chemin parmi un plus grand nombre des moins de 50 ans que celles de la semaine. Les 18-24 ans se situent tout de même à 8 points de pourcentage en deçà de la moyenne. Au fil des ans, on note d’ailleurs une diminution des lecteurs au sein des 18-24 et des 50-64 ans.

8. Portée des quotidiens (7 jours) au Québec, en % de la population selon les groupes d’âge, de 2017 à 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017, Hiver 2019, Hiver 2020 et Hiver 2021.

Les tranches d’âge retenues par les diverses entreprises qui mesurent la consommation des médias et que nous utilisons dans cette analyse n’ont pas toutes la même importance démographique. Non seulement leur étendue est-elle différente de l’une à l’autre (les 18-24 ans regroupent 7 années, les 25-34 ans 10 années, etc.), mais la population ne se répartit pas également le long de la pyramide des âges.

Le graphique qui suit illustre l’envergure relative des groupes employés ici, dans la population québécoise d’une part, et au sein des lecteurs réguliers de quotidiens, puis des lecteurs sur l’ensemble de la semaine, d’autre part. On remarque que les trois classes appartenant aux moins de 50 ans rassemblent 49 % de la population, mais seulement 46 % des lecteurs réguliers de ces publications. Inversement, les 65 ans et plus y sont surreprésentés.

Le déséquilibre est moins accentué au regard de la portée globale. Environ 48 % de ces lecteurs ont moins de 50 ans soit uniquement 1 point en dessous de leur poids dans la population.

9. Répartition procentuelle de la population, des lecteurs réguliers (lu hier en semaine) et des lecteurs sur 7 jours des quotidiens au Québec selon les groupes d’âge, en 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2021.

Les deux graphiques subséquents brossent le portrait de chacun des titres en fonction de l’âge. Le Devoir, la Montreal Gazette, Métro et 24 h comptent la proportion la plus élevée de lecteurs ayant moins de 50 ans (autour de 60 %). C’est 10 points de pourcentage de plus que le Journal de Montréal et La Presse. Dans la Capitale, Le Journal de Québec et Le Soleil présentent des structures similaires.

Du côté des régionaux, Le Droit (Gatineau) bénéficie d’un lectorat plus jeune que les autres. Plus de 55 % de ceux qui le consultent ont moins de 50 ans, ce qui ressemble à la situation de plusieurs titres nationaux. La proportion tourne autour de 40 % à La Voix de l’Est (Granby) au Quotidien (Saguenay) et au Nouvelliste (Trois-Rivières) et de 30 % à La Tribune (Sherbrooke). Chez ce dernier, près de 40 % des lecteurs ont 65 ans et plus. Ce facteur explique très certainement la baisse marquée de fréquentation de ce quotidien en 2020 à la suite de la fin des éditions papier, à l’exception de celles du samedi.

10. Répartition procentuelle des lecteurs des principaux quotidiens sur 7 jours au Québec selon les groupes d’âge, en 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2021, sauf pour 24 h, Métro et La Presse dont le lectorat n’a pas été mesuré au cours de cette enquête. Pour 24 h nous utilisons les résultats du sondage Hiver 2019, pour Métro ceux de l’Hiver 2020 et pour La Presse ceux de l’Automne 2020 dont l’enquête s’est déroulée de juillet 2019 à juin 2020.

11. Répartition procentuelle des lecteurs des quotidiens régionaux sur 7 jours au Québec selon les groupes d’âge, en 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2021

Comme nous l’avons déjà précisé, les résultats des enquêtes récentes de Vividata ne peuvent être comparés qu’avec beaucoup de prudence à ceux antérieurs à celle de Q4 2016. Nous vous proposons tout de même un coup d’œil sur ce qui s’est passé pour l’ensemble du Canada6 et pour le marché de Montréal pendant la période s’étendant de 2001 à 2013 à partir des analyses de NADbank.

À l’échelle du Canada, le taux de lectorat de ces journaux au sein de la population adulte a diminué de 57 % en 2001 à 48 % en 2013. La baisse de popularité a touché tous les groupes d’âge, mais elle est plus marquée parmi les plus jeunes : ils n’étaient plus que 34 % chez les 18-24 ans à lire régulièrement un quotidien ou à consulter ses déclinaisons numériques en 2013, alors qu’ils étaient 51 % en 2001.

12. Lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) dans l’ensemble du Canada selon les groupes d’âge en 2001, 2005, 2009 et 2013*

*Les données pour l’année 2013 tiennent compte de la consultation des sites web des quotidiens et des applications.
Source : Compilation du CEM à partir de NADbank.

À Montréal, où vivent la moitié des Québécois, 52 % de la population adulte consultait régulièrement un quotidien papier ou ses dérivés numériques en 2013. Ce résultat se compare avantageusement à ceux obtenus depuis le début des années 2000. On ne note pas de tendance baissière généralisée contrairement à ce qui se dégage à l’échelle canadienne7. En fait, la seule ombre au tableau se situait du côté des 18-24 ans, qui n’étaient plus que 38 % à lire de tels journaux, alors qu’ils étaient environ la moitié à le faire moins dix ans plus tôt. La percée des 24 h et Métro est l’un des facteurs derrière cette bonne performance, tout comme la stratégie de La Presse axée sur la gratuité8.

13. Lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) à Montréal selon les groupes d’âge en 2001, 2005, 2009 et 2013*

*Les données pour l’année 2013 tiennent compte de la consultation des sites web des quotidiens et des applications.
Source : Compilation du CEM à partir de NADbank.

Bien que Vividata ne procède pas selon les mêmes paramètres que ceux de son prédécesseur, les fondamentaux n’ont pas été modifiés : l’échantillon est établi de manière aléatoire, la question « Avez-vous lu ou feuilleté un quotidien hier » est inchangée, et le marché de Montréal correspond toujours au territoire de la Région métropolitaine de recensement. Qui plus est, le nombre de quotidiens locaux n’a pas varié. Nous avons conséquemment regroupé dans un graphique les données des deux dernières années pour lesquelles NADbank était aux commandes avec celles des années 2017, 2018, 2019 et 2020. Le taux de lectorat à Montréal en semaine (hier) tournait autour de 50 % pendant la période s’étendant de 2001 à 2013, par opposition à un peu plus de 55 % pendant les trois années allant de 2017 à 2019, avant de revenir, en 2020, au niveau de 20139. La situation de ces journaux ne se serait donc pas détériorée.

Poursuivons la comparaison à propos des groupes d’âge. La popularité des quotidiens en semaine dans le marché de Montréal est en hausse chez les 65 ans et plus par rapport aux niveaux atteints lors des dernières enquêtes pilotées par NADbank. Elle est stable pour les 25-34 et les 35-49 ans. Du côté des 50-64 ans, la fréquentation en 2020 est bien en deçà de celle de la période 2017-2019 ; elle est même inférieure à celle des années 2012 et 2013. Pour ce qui est des 18-24 ans, elle est revenue en 2019 et 2020 à ce qu’elle était quelques années plus tôt après de meilleurs résultats en 2017 et 2018. Les enquêtes subséquentes permettront de vérifier s’il s’agit bien d’une tendance.

14. Lecteurs réguliers des quotidiens (lu hier en semaine) à Montréal selon les groupes d’âge en 2012, 2013, 2017, 2018, 2019 et 2020

Source : Compilation du CEM à partir des données de NADbank et Vividata Q3 2017, Hiver 2019, Hiver 2020 et Hiver 2021.

Nous pouvons tirer quelques constats de ces données :

  • La légère embellie de la moyenne générale observée plus haut de 2017 à 2019 était avant tout attribuable à des gains chez les 50 ans et plus, qui représentent la moitié de la population. La faible baisse survenue en 2020 est principalement imputable aux 50-64 ans.
  • La gratuité d’accès à l’entièreté des articles publiés sur les plateformes numériques des deux plus importants journaux (Le Journal de Montréal et La Presse) de même que la propagation des nouveaux outils de distribution que sont les applications pour tablettes et téléphones intelligents ont fait progresser le lectorat chez les 18-24 ans en 2017 et 2018, avant que celui-ci ne retourne, en 2019 et 2020, à ce qu’il était en 2012 et 2013. Ces mesures n’ont cependant pas empêché le surplace au sein des 25-49 ans, un groupe de consommateurs particulièrement recherché par les annonceurs.

Revenons aux données de 2020, en premier lieu, pour une comparaison des deux principaux marchés canadiens, Toronto et Montréal, où l’offre est plutôt abondante. Montréal est en effet desservi par six quotidiens, dont deux employant le format papier sont distribués gratuitement10, alors que Toronto en compte quatre, tous payants et utilisant encore l’imprimé11. Si l’on considère l’ensemble de la population, la proportion des adultes ayant lu un quotidien hier (du lundi au vendredi) et la portée sur les sept jours de la semaine sont plus élevées à Montréal qu’à Toronto. Une analyse selon les groupes d’âge montre que les titres montréalais sont, dans tous les cas, plus populaires dans leur marché principal que leurs homologues de la Ville-Reine.

15. Lecteurs des quotidiens à Toronto et à Montréal, selon les groupes d’âge en 2020, qui a lu hier en semaine et portée 7 jours

Source: Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2021.

Quelle est la popularité des principaux titres québécois ? Les données du graphique qui suit montrent que Le Journal de Montréal dépasse tous les autres à l’échelle du Québec. La Presse arrive juste après sur l’ensemble du territoire québécois. En ce qui concerne les deux journaux imprimés distribués gratuitement, Métro l’emporte sur 24 h. Le Devoir et la Montreal Gazette sont des médias de niche qui, par définition, rejoignent un public plus restreint. Il n’empêche que le premier compte près de 1,4 million de lecteurs sur l’ensemble de la semaine au Québec. Quant aux deux publications éditées dans la Capitale nationale, Le Journal de Québec en totalise presque deux fois plus que Le Soleil.

Parmi les huit principaux titres, trois sont sur une pente ascendante. Le Devoir a connu une hausse impressionnante de son lectorat de 48 % depuis 2016. Elle atteint 12 % à La Presse12. Le troisième du groupe est Le Soleil bénéficie d’une augmentation de 15 % depuis 2017. On note une stabilité au Journal de Montréal, au Journal de Québec, à la Gazette et à 24 h. Pour sa part, Métro encaisse une diminution de 15 %.

16. Comparaison du nombre de lecteurs des principaux quotidiens québécois* sur l’ensemble de la semaine, de 2017 à 2020   

* Les mesures sont prises à l’échelle de l’ensemble du Québec. Les journaux de Québec n’ont pas fait l’objet d’une telle évaluation en 2016. Il en va de même pour 24 h depuis 2019 et Métro en 2020.
Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2016, Q3 2017, Hiver 2019, Hiver 2020, Automne 2020 (pour La Presse) et Hiver 2021.

Quant aux quotidiens régionaux, les quatre titres pour lesquels il existe des données pour les années 2018, 2019 et 2020, la croissance du nombre de lecteurs constatée en 2019 s’est transformée en une baisse en 2020. Celles-ci atteignent, par rapport à l’année précédente : 26 % et 25 %, respectivement, au Droit et à La Tribune, 7 % à La Voix de l’Est et 5 % au Nouvelliste. En ce qui concerne Le Quotidien, la diminution est de 32 %. Tous ces journaux ont dit adieu au papier pour les éditions du lundi au vendredi au premier trimestre de l’année 2020.

Selon des données non reprises ici, les pertes se sont surtout produites chez les 50 ans et plus au Droit et au Quotidien, alors qu’elles ont plutôt affecté les moins de 35 ans à La Tribune.

17. Comparaison du nombre de lecteurs des quotidiens québécois régionaux sur l’ensemble de la semaine en 2018, 2019 et 2020
 

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2019, Hiver 2020 et Hiver 2021. Avant l’enquête Hiver 2019, le lectorat de ces journaux n’était mesuré que dans leur marché respectif. Cela s’est d’ailleurs poursuivi lors de l’Hiver 2019 pour Le Quotidien.

Le numérique

Si, en 2017, l’imprimé était encore le vecteur utilisé par le plus grand nombre des lecteurs réguliers de 18 ans et plus dans le Québec tout entier, ainsi que dans les marchés de Montréal et de Québec, la lecture en ligne dépasse maintenant celle en format papier : de 20 points de pourcentage dans l’ensemble, de 21 à Montréal et de 30 à Québec. Dans la Capitale nationale, le mode historique de consommation avait toujours quelques points d’avance en 2019.

18. Répartition des lecteurs réguliers (lu hier en semaine) de quotidiens selon le support utilisé et les principaux marchés en 2017 et 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017 et Hiver 2021.

Le numérique a également pris le dessus dans les marchés régionaux13. Le renversement des habitudes s’est produit en 2020 pour Saguenay, Sherbrooke et Trois-Rivières. C’est à Sherbrooke où le changement a été le plus important, alors que la lecture en ligne domine par 30 points de pourcentage. Cette avance est de 21 points à Gatineau, de 11 à Granby et seulement de 4 et 1 point, respectivement, à Trois-Rivières et Saguenay. Dans les marchés non desservis par un quotidien local, l’écart s’élève à 17 points.

19. Répartition des lecteurs réguliers (lu hier en semaine) de quotidiens selon le support utilisé et les marchés en 2018 et 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2019 et Hiver 2021.

C’est en 2020 que le numérique a supplanté l’imprimé à l’échelle du Canada et dans le marché de Toronto. Les écarts entre les deux façons de faire sont cependant moins marqués qu’au Québec et à Montréal.

20. Répartition des lecteurs réguliers (lu hier en semaine) de quotidiens selon le support utilisé au Québec, au Canada, à Montréal et Toronto en 2018 et 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2019 et Hiver 2021.

Poursuivons avec les données québécoises. En 2019, les formats papier et numérique avaient autant d’adeptes l’un que l’autre en 2019 au sein des 50 ans et plus. Aujourd’hui, le nouveau mode d’accès en satisfait nettement plus que l’ancien : 44 % versus 24 %. Chez les plus jeunes, près de la moitié (48 %) sont des lecteurs strictement « numériques ». Les 18-24 ans comptent une proportion moindre de ces lecteurs que les 25-49 ans. Une frange de 19 % des moins de 50 ans n’utilise encore que le papier, comparativement à 28 % pour leurs aînés.

21. Répartition des lecteurs réguliers (lu hier en semaine) de quotidiens au Québec selon le support utilisé et les groupes d’âge en 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2021.

Le numérique a séduit de multiples adeptes en quelques années. La proportion des lecteurs réguliers du Québec qui n’utilisent maintenant que l’ordinateur, la tablette ou le téléphone cellulaire a gagné 11 points de pourcentage depuis 2016. Le graphique qui suit montre que l’emploi exclusif des appareils électroniques s’est accru au sein de tous les groupes d’âge. La progression a été moins importante pour les 18-24 ans.

22. Proportion de lecteurs réguliers (lu hier en semaine) de quotidiens au Québec qui n’utilisent que le numérique selon les groupes d’âge en 2016, 2019 et 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2016, Hiver 2020 et Hiver 2021.

Poursuivons la comparaison amorcée plus tôt entre Montréal et Toronto, cette fois au regard de la popularité de la lecture en ligne. Les habitudes d’un bon nombre de Torontois ont grandement changé depuis trois ans. En 2017, 49 % d’entre eux privilégiaient l’usage exclusif de l’imprimé. Cette proportion a chuté de 22 points de pourcentage, si bien que les éditions numérisées mènent actuellement le bal par 6 points. Le papier dominait parmi toutes les tranches d’âge. Aujourd’hui, le numérique le surpasse de plusieurs points au sein des moins de 50 ans, alors que les deux modes sont à égalité chez les 55-64 ans et que l’imprimé conserve une avance de 22 points auprès des 65 ans et plus. À Montréal, la nouvelle manière de faire a charmé, proportionnellement, plus d’adeptes qu’à Toronto. En effet, le numérique y devance maintenant le papier par 21 points de pourcentage. En 2017, ce dernier menait par 4 points. Contrairement à Toronto, la nouvelle façon d’accéder au contenu prévaut pour toutes les classes d’âge. Chez les 65 ans et plus, elle est privilégiée par 4 lecteurs sur 10. C’est presque deux fois plus qu’à Toronto.

23. Répartition des lecteurs réguliers (lu hier en semaine) de quotidiens à Toronto et Montréal selon le support et les groupes d’âge en 2020

SUPPORT

TORONTO

MONTRÉAL

18 ans et plus

Imprimé exclusivement

27 %

23 %

Numérique exclusivement

33 %

44 %

Imprimé et numérique

40 %

33 %

18-24 ans

Imprimé exclusivement

23 %

19 %

Numérique exclusivement

35 %

41 %

Imprimé et numérique

43 %

41 %

25-34 ans

Imprimé exclusivement

17 %

19 %

Numérique exclusivement

29 %

44 %

Imprimé et numérique

54 %

37 %

35-49 ans

Imprimé exclusivement

17 %

20 %

Numérique exclusivement

45 %

49 %

Imprimé et numérique

39 %

31 %

50-64 ans

Imprimé exclusivement

33 %

27 %

Numérique exclusivement

33 %

44 %

Imprimé et numérique

34 %

29 %

65 ans et plus

Imprimé exclusivement

42 %

27 %

Numérique exclusivement

22 %

39 %

Imprimé et numérique

36 %

34 %

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2021.

Voyons maintenant ce qui se passe au regard des principaux titres du Québec. La mesure illustrée au graphique qui suit est différente de celle que nous avons utilisée précédemment. Il s’agit cette fois de la portée des éditions numériques (en exclusivité ou en combinaison avec l’imprimé) au cours d’une semaine donnée (7 jours)14. Depuis 2018, tous les lecteurs de La Presse doivent employer le numérique puisque l’entreprise a abandonné le papier. En 2017, seule la publication du samedi bénéficiait d’une telle distribution. Les lecteurs du Soleil et du Devoir sont ensuite les plus nombreux à se servir des es moyens électroniques, à hauteur de 77 % pour le premier et de 72 % pour le second. Les proportions oscillent autour de 60 % pour Le Journal de Montréal, The Montreal Gazette et Le Journal de Québec.

Tous ces titres ont progressé à cet égard entre 2017 et 2020. C’est Le Soleil qui réalise les gains les plus importants. Il faut dire que le quotidien n’est plus disponible qu’en ligne du lundi au vendredi. Le Journal de Québec suit, mais il accuse toujours un retard par rapport à son concurrent de la Capitale. Viennent subséquemment, Le Journal de Montréal et The Montreal Gazette.

24. Proportion de lecteurs des principaux quotidiens qui consultent les éditions numériques en 2017, 2019 et 2020, ensemble de la semaine   
 

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017, Hiver 2020, Automne 2020 pour La Presse, et Hiver 2021. 24 h ne participe plus aux enquêtes depuis 2019. Métro l’a imité depuis 2020.

En ce qui concerne les publications régionales, trois d’entre elles (Le Droit, Le Quotidien et La Voix de l’Est) sont pareillement consultées par environ 7 lecteurs sur 10. La proportion est plutôt de 6 sur 10 à La Tribune et de 5 sur 10 au Nouvelliste. Tous ces titres n’ont conservé l’imprimé que le samedi.

25. Proportion de lecteurs des quotidiens régionaux qui consultent les éditions numériques en 2017, 2019 et 2020, ensemble de la semaine   

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Q3 2017, Hiver 2020 et Hiver 2021.

Les deux graphiques suivants rendent compte de ces personnes qui ne consomment qu’en ligne. Seuls trois journaux, La Presse, Le Devoir et Le Soleil, montrent des proportions de lecteurs exclusivement numériques nettement supérieures à la moyenne québécoise de 44 % : 100 % pour le premier, et environ 50 % pour les deux autres. Chez les quotidiens régionaux de la coopérative CN2i, elles se situent près de la moyenne. Les deux titres de Québecor affichent une dizaine de points de pourcentage en dessus de celle-ci.

26. Proportion de lecteurs des principaux quotidiens qui consultent exclusivement les éditions numériques en 2018, 2019 et 2020, ensemble de la semaine   

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2019, Hiver 2020 et Hiver 2021.

27. Proportion de lecteurs des quotidiens régionaux qui consultent exclusivement les éditions numériques en 2018, 2019 et 2020, ensemble de la semaine   

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2020 et Hiver 2021.

On peut utiliser un ordinateur, une tablette, un téléphone intelligent ou un autre type d’appareils connectés (montre, téléviseur, etc.) pour accéder aux contenus des journaux. Les deux graphiques qui suivent illustrent la popularité de chacun de ces outils. Le premier compare les usages au Québec versus le Canada ainsi que les usages à Montréal et à Québec versus à Toronto. Le recours à l’ordinateur et au téléphone intelligent s’équivalent partout. Pour sa part, la tablette est moins employée que les deux autres dans tous les milieux, mais la différence est bien plus grande au Canada et à Toronto. L’utilisation d’un autre type d’appareil connecté (montre, téléviseur) recueille moins de 5 % des mentions.

28. Proportion de lecteurs numériques de quotidiens au Québec et au Canada selon le mode d’accès, ensemble de la semaine, 18 ans et +, 2020

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2021.

Avant toute analyse reposant sur l’âge, il faut rappeler que la possession d’une tablette ou d’un téléphone intelligent varie grandement en fonction de cette variable. Les plus jeunes sont plus nombreux à détenir un téléphone et moins nombreux à avoir une tablette. C’est le contraire chez les plus vieux. Pour consulter un quotidien, les moins de 50 ans privilégient le téléphone intelligent, puis l’ordinateur. La tablette vient assez loin derrière. Pour leurs aînés, le téléphone arrive en troisième position. La tablette devance même l’ordinateur chez les 65 ans et plus.

29. Proportion de lecteurs numériques de quotidiens au Québec selon le mode d’accès et les groupes d’âge en 2020, ensemble de la semaine

Source : Compilation du CEM à partir des données de Vividata Q3 2018.

Qu’en est-il chez les principaux quotidiens québécois ? Les lecteurs de La Presse présentent un profil bien différent de ceux des autres titres. La tablette y est tout aussi répandue que l’ordinateur et le téléphone intelligent, alors qu’ailleurs elle reçoit bien moins d’intérêt. On ne peut qu’y voir l’attrait de l’application singulière développée pour La Presse +. Son utilisation dépasse par une quinzaine de points de pourcentage celle des applications des autres journaux montréalais. En contrepartie, l’ordinateur et le téléphone intelligent y comptent un peu moins d’amateurs.

Pour les autres titres, le téléphone est légèrement plus en vogue que l’ordinateur. L’écart le plus important se manifeste au Journal de Québec.

30. Proportion de lecteurs numériques des principaux quotidiens au Québec selon le mode d’accès en 2020, ensemble de la semaine

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2021.

L’ordre de popularité des appareils au sein des lecteurs des différents quotidiens régionaux varie : les trois sont au coude-à-coude à la Voix-de-l’Est ; le téléphone intelligent est en avance au Quotidien, alors que c’est l’ordinateur qui est favorisé au Droit, au Nouvelliste et à La Tribune.

31. Proportion de lecteurs numériques des quotidiens régionaux au Québec selon le mode d’accès en 2020, ensemble de la semaine

Source : Compilation du CEM à partir de Vividata Hiver 2021.

Mise à jour : mai 2021

Notes

[1] Proportion d’adultes ayant lu ou feuilleté au moins une édition imprimée ou numérique hier, du lundi au vendredi. Nous utilisons les données suivantes de Vividata dont les enquêtes ont eu lieu sur les périodes de 12 mois mentionnées ci-après : Hiver 2021, d’octobre 2019 à septembre 2020 ; Hiver 2020, de juillet à décembre 2018 ainsi que d’avril à septembre 2019 ; Hiver 2019 d’octobre 2017 à septembre 2018 ; Q3 2017 et Q3 2016 qui couvrent les mêmes périodes en 2016-2017 et 2015-2016. 18 ans et plus.

[2] Proportion d’adultes ayant lu ou feuilleté au moins un journal en format imprimé ou numérique au cours d’une semaine complète (7 jours). Cet indicateur est connu comme la portée. 18 ans et plus.

[3] Les données que nous utilisons sont tirées d’enquêtes menées par Vividata, née de la fusion en 2014 de NADbank et de PMB. La méthode de collecte de données ayant été substantiellement modifiée, seuls certains résultats des années 2020, 2019, 2018 et 2017 peuvent être comparés à ceux de 2016 ou plus anciens. Vividata suggère une grande prudence.

[4] Les chaînes télévisées d’information ont connu de fortes hausses de leur écoute.

[5] Soulignons qu’en novembre, donc après la période de l’enquête Hiver 2021, ils ont érigé un mur payant pour l’accès à leurs contenus numériques.

[6] NADbank ne compilait par de résultats sur la base de la province.

[7] Nous verrons plus loin que les Montréalais sont plus nombreux que les Torontois à lire un quotidien.  

[8] L’application pour tablettes La Presse + a été lancée, en accès libre, en avril 2013.  

[9] La population de la RMR de Montréal s’est accrue de 346 000 personnes entre 2013 et 2020 chez les 18 ans et plus.

[10] Ceux-ci ne publient que du lundi au vendredi.

[11] Le gratuit StarMetro a cessé ses activités en décembre 2019, ce qui est antérieur à la période couverte par le sondage Hiver 2021 dont nous utilisons ici les données.

[12] L’édition papier du samedi a cessé de paraître en janvier 2018.

[13] Contrairement à la figure précédente, il s’agit des années 2018 et 2020 puisque nous n’avons pas les données des marchés régionaux pour 2017.

[14] Proportion de lecteurs qui ont consommé au moins une édition numérique pendant la période. L’enquête de Vividata ne questionnait les répondants sur leur lecture en mode numérique d’un titre en particulier que pour l’ensemble d’une semaine donnée et non pour des jours précis jusqu’en 2019.