Radio

Les transformations de l’écosystème radiophonique se répercutent sur les revenus et dépenses de l’industrie de la radio traditionnelle, qui se compose de stations commerciales, du service public de Radio-Canada, et de stations ayant un statut communautaire, autochtone, religieux ou de campus. À cette offre, s’ajoutent les services sonores diffusés par Internet, basés sur différents modèles d’affaires et exerçant une pression concurrentielle sur la radio, tant pour l’attention que pour l’offre publicitaire.

Radio commerciale

En 2024, la publicité constitue presque l’unique source de revenus (98 %) des radios commerciales québécoises[1]. Elle a rapporté 222 millions de dollars sur des entrées de fonds de 228 millions aux 109[2] stations actives dans la province cette même année. Bien que le nombre de stations tend à se maintenir, voire à légèrement augmenter, les recettes totales subissent une baisse continuelle depuis 2016.

Depuis quelques années, les annonceurs investissent de moins en moins d’argent dans les publicités radiophoniques. Dans les dix dernières années, les ventes de temps d’antenne pour la radiodiffusion privée passent d’un sommet de 3,04 millions de dollars en 2014 à 2,22 millions de dollars en 2024, une baisse de 27 %[3]. Pendant ce temps, le produit intérieur brut (PIB) du Québec ne cesse d’augmenter, malgré un recul en 2020 par rapport à 2019 en raison des mesures sanitaires liées à l’épidémie de COVID-19. Depuis 2014, cette augmentation est de 21,9 %[4]. L’indice des prix à la consommation (IPC), tant qu’à lui, a augmenté de 27,3 % pendant cette période [5]. Les annonceurs mettent de moins en moins de fonds dans les publicités radiophoniques. Ces dernières années, environ 60 % des  revenus publicitaires du média proviennent de marchands locaux.

1. Revenus de la radio commerciale au Québec de 1997 à 2024

Revenus de la radio commerciale au quebec 1997 à 2024
Source : Statistique Canada, Industrie de la radiodiffusion selon le détail d’exploitation et financier, Tableau 22-10-0005-01 (publié en juin 2025).

Au cours de l’année 2024, les stations commerciales du Québec ont dépensé 224 millions pour la production de leurs émissions. Ces sommes, qui étaient à la baisse de 2013 à 2021, passant de 262 à 211 millions, connaissent de légères hausses depuis trois ans.

Les stations commerciales québécoises affichent un profit de 7 % en 2024, taux qui est également à la baisse depuis 2021, alors qu’il s’élevait à 18 %. Il s’agit du score le moins élevé depuis que Statistique Canada cumule les données sous la forme actuelle, soit depuis 1997. De 2016 à 2019, ces valeurs dépassaient même 20 %. Pour la neuvième année consécutive, le résultat québécois dépasse celui de l’ensemble canadien (3 % en 2024, là aussi son plus bas score pour la période couverte).

À l’intérieur de chacun des marchés, les marges bénéficiaires varient d’une ville à une autre. À Montréal en 2024, ce taux se situe à -0.3 %, en baisse depuis 2020 (où il se situait à 12 %). À Québec, il est, en 2024, de 16 %, alors qu’il atteint 9 % pour le marché francophone de la région d’Ottawa-Gatineau. Pour ce qui est de l’ensemble des autres marchés au Québec, excluant ceux déjà nommés, les marges bénéficiaires sont de 15 %, en baisse à chaque année depuis 2021. Elles étaient alors à plus de 25 %.

2. Marges bénéficiaires de la radio commerciale au Québec de 1997 à 2024

Source : Calculs du CEM à partir des données de Statistique Canada, Industrie de la radiodiffusion, Tableau 22-10-0005-01 (publié en juin 2025).

Pendant la période 1997-2005, les marges bénéficiaires de la radio ont augmenté, à l’échelle du Canada, de manière très importante : depuis 2003, et ce jusqu’à la pandémie de COVID-19, elles se situent généralement presque au double du pourcentage de l’année 1997. Après avoir atteint 19 % de 2014 à 2017, elles semblaient déjà suivre une trajectoire baissière avant d’être durement touchées par les mesures entourant la pandémie de COVID-19, en 2020. À 5 %, elles, accusent une baisse de 12 points de pourcentage en un an. Ces marges ne bougent guère depuis.

3. Marges bénéficiaires de la radio commerciale au Canada de 1997 à 2024


Source : Calculs du CEM à partir des données de Statistique Canada, Industrie de la radiodiffusion, Tableau 22-10-0005-01 (publié en juin 2025).

Radio publique

Les revenus ayant financé les activités des 63 stations (de langue anglaise et de langue française) de Radio-Canada à travers le pays ont atteint 352 millions en 2024. Il s’agit d’une hausse de 4 % par rapport à l’année 2020 (337 millions)[6]. Près de 97 % de cette somme (341 millions) provient des crédits parlementaires fédéraux. Leur variation explique essentiellement celle de l’ensemble des recettes.

La société d’État consacre 112 millions à ses 15 stations au Québec. Il s’agit d’une bonification de 4 % par rapport à l’année 2020 (108 millions), pour le même nombre de stations. Celles-ci emploient 589 personnes, soit 38 de moins qu’en 2020.

Stations de radio autochtones, religieuses, communautaires et de campus

En 2024, 193 stations non commerciales canadiennes ont produit des rapports auprès du CRTC. Ce nombre se voit à la baisse depuis 2019, où on en comptait 236 : cette baisse s’explique toutefois peut-être par des modifications réglementaires concernant les obligations des stations de petite taille, potentiellement plus nombreuses à ne pas devoir fournir des rapports. Leurs revenus sont évalués à 92,5 millions de dollars : 22 millions pour les stations autochtones, 4 pour les stations religieuses, 55 pour les stations communautaires et 12 pour les stations de campus. Pour l’ensemble des stations, environ 29 % du total de leurs revenus provenaient des recettes publicitaires alors que 15 % provenaient de subventions publiques en 2024[7].

Les autres types de services sonores

Les stations de radio traditionnelles font face à la vive concurrence d’une multitude de services audio  : cela englobe des diffusions de stations ou d’émissions de radio en ligne, en continu ou non, des chaînes par satellite mais également des balados et des services personnalisés d’écoute en continu (Apple Music, Spotify, Amazon Music, Youtube Music, etc.). Le cabinet Omdia évaluait leurs recettes à 521 millions de dollars au Canada en 2020. Nous n’avons toutefois pas trouvé de données plus récentes.

L’industrie de l’audio par Internet évolue selon deux principaux modèles d’affaires : celui qui réclame des frais lors de chaque téléchargement, à l’exemple de Bandcamp, et celui des services en continu comme Spotify ou Apple Music qui diffusent des messages publicitaires ou exigent des frais d’abonnement. En 2023,  les services de diffusion audio en continu détenaient 97 % des parts de marché en termes de chiffres d’affaires des services audio sur Internet, alors que les services audio diffusés par téléchargement en détenaient 3 %[8].La situation était inversée en 2014 : ceux axés sur le téléchargement amassaient à ce moment 83 % des recettes. Les Canadiens délaissent le téléchargement de contenu audio payant au profit de l’écoute en continu.

Mise à jour : avril 2026

Notes

[1] Radio-Canada ne peut présenter de publicité payée sur ses différentes stations de radio. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a autorisé de tels messages publicitaires sur les deux antennes musicales du service public, soit ICI Musique (de langue française) et Radio 2 (de langue anglaise), d’octobre 2013 à août 2016. Il s’agissait d’une première depuis 1974, qui rapportait environ un million de dollars par année, soit 0,4 % des revenus totaux de toutes les stations de radio du diffuseur.

[2] On en dénombrait 95 en l’an 2000.

[3] Statistique Canada, Tableau 22-10-0005-01  Industries de la radiodiffusion selon le détail d’exploitation et financier, juin 2025.

[4] Institut de la statistique du Québec, Produit intérieur brut réel, Québec, 1981-2024, décembre 2025.

[5] Institut de la statistique du Québec, Indice des prix à la consommation, indice d’ensemble, Canada, Québec, moyennes annuelles, janvier 2026.

[6] CRTC, Relevés statistiques et financiers concernant le secteur de la radiodiffusion 2024, Radio, juin 2025.

[7] CRTC, Rapports sur le marché des communications — Données ouvertes du secteur de la radio, avril 2026.

[8] CRTC, Rapports sur le marché des communications — Données ouvertes du secteur de la radio, avril 2026.